CEDEAO/CNSP : L’heure des comptes !

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Depuis plusieurs mois, le Mali entretient des relations particulières avec la Cedeao, l’organisation sous régionale dont le pays est membre fondateur. Comme souvent, les actions de l’organisation passent quasiment inaperçues du citoyen lambda, qu’il s’agisse du Mali ou d’autres pays membres. La Cedeao est pourtant omniprésente dans la vie de ses quinze États membres, dont elle régule les échanges économiques et financières depuis plusieurs décennies, à travers notamment de nombreuses directives et règlements.
Les citoyens de l’espace communautaire, que forme la Cedeao, semblent nettement plus sensibles à la dimension politique de ses initiatives et interventions. C’est le cas des Maliens qui ont véritablement pris conscience de cette dimension avec le coup d’État qui a renversé, pour la première fois depuis l’avènement de la démocratie en 1991, un président démocratiquement élu et son gouvernement.
Les récents événements qui ont abouti au coup de force du 18 août 2020 contre le régime du Président IBK et provoqué sa chute ont fourni à la Cedeao des motifs suffisants pour se rappeler au bon souvenir des Maliens.
Après avoir apporté son soutien au Président déchu au motif que celui-ci avait été démocratiquement élu, la Cedeao avait assisté, impuissante, au renversement du régime au moyen d’un coup d’État militaire.
Désireuse d’affirmer son rôle de gardienne des institutions démocratiques dans les États membres, elle avait immédiatement décidé de suspendre le Mali de ses instances en décrétant un embargo sur le pays en matière d’échanges économiques et financiers.
Le retour à l’ordre constitutionnel et le retour aux affaires de l’ancien Président, la libération immédiate et sans condition des dirigeants arrêtés ont été les exigences emblématiques formulées par la Cedeao à l’adresse des nouveaux maîtres de Bamako.
Quelques semaines après l’adoption des mesures de rétorsions prises par l’organisation, les membres de la junte ont dû jeter du lest en libérant IBK et ses proches et, en acceptant d’organiser une transition civile, autre exigence posée par la Cedeao au constat de l’impossibilité de réinstaller dans ses fonctions le Président déchu.
Cette dernière recommandation était assortie de deux nouvelles exigences : l’établissement d’une feuille de route de la Transition et la passation du pouvoir à un gouvernement démocratiquement élu dans un délai de dix huit mois.
Le sommet de la Cedeao qui se tiendra le 23 janvier 2021 sera certainement l’occasion pour les chefs d’État de se pencher sur la situation de notre pays et d’évaluer la mise en œuvre des différentes recommandations et l’application des décisions prises par l’organisation concernant le Mali depuis le putsch du 18 août dernier.
D’ores et déjà, on peut faire, à propos de ce sommet, quelques constats simples.
En premier, il est aisé de constater que la tenue d’élections générales dans le délai de dix huit mois prescrit ne pourra pas être effective.
En effet, en termes de préparatifs rien n’a quasiment été mis en œuvre. Pour l’heure aucun consensus n’a été trouvé sur l’organe qui aura la charge d’organiser les scrutins présidentiel et législatif prévus ; et la junte militaire, qui n’est toujours pas dissoute, semble résolument décidé à jouer la montre.
Bien au contraire, son inertie et son mutisme sur la question indiquent qu’elle œuvrera vraisemblablement pour une passation de pouvoir au plutôt dans vingt quatre mois. Rappelons que dans un premier temps, elle avait indiqué à la Cedeao sa préférence pour une Transition de trois ans.
En second lieu, la condition d’une Transition exclusivement civile a reçu auprès de la junte militaire une réponse et une lecture qui se situent à mille lieux des motivations qui la sous – tendent. Au final, la Transition se retrouve dirigée par un ancien militaire proche du chef des putschistes.
Et l’organe législatif et de contrôle de l’action de l’exécutif est dirigé par l’un des principaux auteurs du putsch. De fait, tout se passe comme si les tombeurs d’IBK ont réussi à gagner la première manche du bras de fer qui les oppose à la Cedeao.
Mais le plus inquiétant est évidemment ailleurs : la recommandation, consistant à adopter un processus inclusif permettant d’aller vers la mise en place des organes, d’une part, et d’aller vers des élections libres et transparentes, semble dangereusement compromise.
Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler la mise à l’écart du M5/ RFP et de l’ensemble de la classe politique dans la formation du gouvernement, puis lors de la constitution du Conseil national de Transition et de la désignation de ses membres.
Birama Fall

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