COVID-19 : Stigmatisés ou peu crédules de leur sécurité sanitaire, des malades fuient les hôpitaux

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La stigmatisation est sans doute un des obstacles qui empêchent de nombreux malades d’avoir accès aux soins de santé, avec des effets négatifs sur l’expression de leur droit à la santé. Au cours de notre enquête, nous avons rencontré des cas évidents d’entorse au droit à la santé. De crainte d’être indexés ou ciblés par des propos vexatoires, des malades choisissent l’automédication, sachant pourtant qu’elle n’est pas la bonne solution. Pour éviter de se faire contaminer d’autres boudent les hôpitaux et les centres de santé, qui, à leurs yeux ne réunissent pas les meilleures conditions de protection contre les maladies dont le covid-19.

La mauvaise expérience vécue par Salamata Koné, habitante au quartier de Sébénicoro, décrit parfaitement ce qu’endurent comme stigmatisation les patientes de rhume et de palu dans nos hôpitaux maliens. La jeune femme de 35 ans se souvient encore de l’humiliation publique qu’elle a essuyée en cette période de Covid-19 dans la salle de consultation d’un cabinet médical privé de son quartier. « Ce jour de lundi matin, je venais à l’hôpital après une nuit blanche passée en train de tousser et très enrhumée.Très épuisée, à mon arrivée, je me suis assise dans la salle de consultation après avoir pris le ticket de consultation. Evidemment avec un masque de protection sur le nez et la bouche. J’attendais impatiemment le médecin consultant qui était occupé avec un autre patient dans une salle à côté. Quelques minutes après mon arrivée, j’ai recommencé à éternuer. Au premier éternuement, ma voisinedirecte a d’abord abandonné sa place pour aller se faire une autre place au fond de la salle d’attente. Comme je n’arrêtais pas d’éternuer, après des regards méchants dans ma direction, la salle se vidait à moitié. J’ai compris qu’on me prenait déjà, comme étant un malade souffrant du Covid-19 ». Selon cette dame le comble était que le médecin consultant s’en mêlait et la chassait à sa grande surprise : « Madame sortez d’ici, je ne veux pas perdre tous mes patients à cause de vous. Allez vous faire consulter ailleurs », lui dit le médecin, oubliant son serment d’Hippocrate. « C’était la plus grosse humiliation de ma vie en public. Je suis sortie les pieds alourdis de honte en jurant de ne plus aller dans un hôpital pour soigner un rhume », explique Mme Traoré Salamata Koné, qui estime qu’elle a été privée de son droit d’accès aux soins de santé. Contacté par nos soins, le président de la Commission nationale des droits de l’homme, Aguibou Bouaré abonde dans le même sens. Selon lui, toute personne a droit à la santé, le cas de Salamata Koné est une violation flagrante des droits des patients qui mérite d’être dénoncée et combattue. « Le médecin a le devoir de s’occuper de tous les patients qui lui arrivent et de leur administrer des soins quelle que soit la pathologie que manifeste le malade. Il n’a pas le droit de les chasser comme un malpropre », a réagi Aguibou Bouaré que nous avons joint par téléphone.
Notre enquête a concerné également le cas d’une dame qui ne croit plus en la qualité des soins prodigués dans les hôpitaux maliens. Ainsi, Bintou Diallo a arrêté d’aller à l’hôpital depuis l’apparition de la pandémie de la Covid-19, trouve légitime la méfiance envers les patients souffrant du rhume. « J’ai cessé d’aller à l’hôpital par crainte de me faire contaminer par un autre patient. La dernière fois que je me suis rendue à un hôpital, le médecin m’a examiné dans la même salle qu’un autre patient qui était très enrhumé et qui n’arrêtait pas de tousser. J’ai été réticente à me faire consulter à sa suite de crainte de ne pas me faire contaminer par le virus ». Selon Bintou Diallo, c’est depuis lors, qu’elle a cessé d’aller se faire soigner à l’hôpital. Ce n’est pas prudent d’y aller en ces temps qui courent. En plus, aucune mesure sérieuse n’est prise dans nos hôpitaux pour arrêter la transmission de la maladie à corona virus, explique-t-elle. « Normalement, après chaque consultation, le médecin doit désinfecter la salle de consultation pour prévenir une possible propagation du virus », pense Mme Diallo. Selon elle, le droit des Maliens d’aller se faire soigner en sécurité dans un hôpital de leurs choix est fortement remis en cause, de par le faible moyen de protection mis à la disposition des agents de santé par les plus hautes autorités maliennes. S’agissant de ce cas de Bintou Diallo, Aguibou Bouaré estime que l’Etat a le devoir de garantir à tous les Maliens l’accès à un établissement sanitaire de qualité avec des conditions de soins efficaces. Cette intervention de notre interlocuteur s’inscrit dans le cadre du projet de protection et de promotion des droits de l’homme en riposte au Covid-19, porté par le Réseau Média Droits de l’Homme (RMDH), en collaboration avec la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) et la Division des droits de l’homme et de la protection (DDHP-Minusma). Ce projet vise à assurer une meilleure prise en compte de la dimension des droits de l’homme dans la riposte au Covid-19 à travers des articles d’alerte et de dénonciation, sur les atteintes aux droits de l’homme en cette période de crise sanitaire.
Youssouf Z KEITA

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