Elections : Quelle présidentielle sans les militaires ?

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Arrivés aux affaires pour, dit-on, parachever la lutte du peuple, les militaires sont appelés à organiser des élections sans être candidats, encore moins prendre le parti d’un candidat. Mais l’œuvre de salubrité politique s’annonce difficile, voire problématique. En s’emparant du pouvoir, Assimi Goïta et ses camarades se sont rendus coupables d’une violation de la sacrosainte règle démocratique conférant les rênes du pays uniquement par la voie des urnes.

Pire, leur irruption sur la scène politique a mis à l’écart les initiateurs de la contestation du pouvoir d’IBK. Il était impossible d’imaginer un coup d’Etat au Mali après celui du général Amadou Aya Sanogo, une expérience tuée dans l’œuf avec l’arrestation des principaux meneurs du coup. Le président IBK s’en moquait ironiquement en disant que Kati ne fera plus peur à Bamako.
Mais grisé par le pouvoir et une certaine confiance aux forces démocratiques, le pouvoir de l’ancien chef d’Etat avait fait tout sauf entretenir la démocratie. La parodie d’élections législatives de 2020, dont le report avait été souhaité en plein couvre-feu sanitaire, a révélé à la face de la nation le mépris de l’ancien régime pour la démocratie. Rien que l’annulation de milliers de voix au profit de candidats dits proches de la famille présidentielle aurait suffi à mettre le feu.
On oublie souvent que c’est à cause du forcing de hauts responsables du pouvoir que les Maliens sont sortis dans la rue pour braver l’autorité. Le jour où Mamadou Diarrasouba et Moussa Timbiné se sont présentés pour le poste de la présidence de l’Assemblée nationale, le régime a fini de manger son pain blanc. A quelle électionprésidentielle devrai-t-on s’attendre avec de tels gouvernants? Voilà l’interrogation qui a mobilisé la plupart des hommes politiques et de la société civile, jetant les bases du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP).
Au demeurant, l’imam Dicko n’a rien à voir avec Cheick Oumar Sissoko ou Oumar Mariko, deux socialistes de la pure espèce. En somme, tous les contestataires savaient que s’unir était la voie royale face au régime qui n’avait plus rien à foutre des règles du franc jeu. Ensemble, ils ont poussé la bête dans son dernier retranchement, et elle n’a pas hésité à passer à l’attaque, tuant des manifestants aux mains nues en faisant usage des balles réelles.
Le président démocratiquement élu venait de commettre un crime grave aux yeux de ses adversaires. Se croyant à l’abri d’un coup d’Etat, le pouvoir planifiait de passer à une vitesse supérieure dans l’assassinat, selon certains détracteurs. Le chef de l’Etat d’alors avait déclaré n’être au courant de rien lorsqu’il a été interpellé par les condamnations. Les forces spéciales antiterroristes pointés du doigt pouvaient-elles rester inactives face aux bains de sang, celui qui a été perpétré et celui qui était planifié?
Pour certains observateurs, l’intervention de l’armée était devenue incontournable. Les partenaires du Mali ont formé la FORSAT avec l’argent de leurs contribuables pas pour tuer des civils. C’est en toute responsabilité qu’ils ont pris la décision de mettre fin au pouvoir dérivant. Là où se trouve le problème, c’est que l’on sait peu de chose sur le plan de refondation du système démocratique malien que les meneurs du coup ont.
Jusqu’à présent, personne ne sait à quel point Assimi Goïta tient à redonner confiance aux démocrates sincères. La question est de savoir quelle sera la place de l’armée dans l’après coup d’Etat. En clair, quelle présidentielle sans les militaires ? Ailleurs, on a vu que lorsque les politiques, corrompus par l’argent, ont échoué, l’armée intervient pour mettre de l’ordre dans le jeu. Tel a été le cas en Turquie. Reste à savoir si ce pays, dont un ministre a été parmi les premiers à rencontrer les militaires au pouvoir, pourra inspirer la grande muette malienne.
Ismael Diarra

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