Gouverner le Mali : une équation si difficileà résoudre depuis l’indépendance

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Introduction :
Depuis l’indépendance en 1960, le Mali s’est avéré être un pays difficilement gouvernableen témoigne la fin pitoyabledu régime de la I ère République matérialisant le règne du 1er Président Modibo KEITA qui dit adieu aux commodités et aisance le jour où il accepta la lourde tâche de diriger sa patrie. Avant l’accès de Modibo KEITA à la magistrature suprême, le sort délivra de ce fardeau un autre valeureux fils du Mali, Mamadou KONATE pressenti au poste de Chef d’Etat. Eh oui diriger le Mali est plus un fardeau qu’un sacerdoce car de façon générale, cette fonction au Mali ne représente absolument aucun caractère respectable et cela autant de la faute des sujets que du roi.Le pouvoir est si banalisé au Mali que l’on se demande si le fauteuil présidentiel n’est pas teinté de malédiction.
Pour preuve, le règne de Modibo KEITA fut marqué par des soubresauts qui mirent à mal l’existence même de la jeune République dès 1962, date de l’adoption du franc malien (1er juillet 1962-1er juillet 1984) comme monnaie nationale; soubresauts caractérisés par la révolte des commerçants et partisans du bord politique opposé au Président KEITA.Ce mécontentement civil s’ajouta à la rébellion dite touarègue toujours soutenue par des mains étrangères se croyant invisibles.
Mais le père de l’indépendance tint bon contre vents et marées jusqu’en 1968, année où, l’Armée manipulée à souhait, renversa ce régime dédié au travail par le Président Modibo KEITA et le remplaça par le comité militaire de libération nationale (CMLN) sous le prétexte fallacieux de satisfaire l’aspiration des populations à la liberté.
Ce fameux cmln (sigle écrit sciemment en minuscule) car n’ayant rien réalisé de libération nationale a, au contraire, ligoté le Mali pour le vendre à l’Occident en témoigne la disparition pure et simple des usines et centres de formations professionnels créées par le Président Modibo en seulement huit (08) ans de règne.
L’après Modibo se caractérisa également par une bataille de positionnement interne au sein du cmln afin que, putschiste, l’on soit en posture de mieux profiter de la vache à lait Mali. L’honneur du pays et le bonheur des concitoyens relégué insouciamment au second plan, les astres se chargeront de ce sacerdoce, pas eux détenteurs du pouvoir pour ses délices et même délires serait-on tenté de dire.
L’ingouvernabilité denotre cher Maliba a débuté ainsi et, hélas, continue son bonhomme de chemin jusqu’à ces jours sombres de l’an 2021 où en intervalle de neuf (09) mois et six (06) jours, deux putschs militaires se réalisèrent sous l’œil médusé, impuissant et écœuré des esprits rattachés aux principes et valeurs démocratiques telles : la gouvernance civile, l’alternance démocratique, les élections régulières, l’armée loyale à l’autorité civile issue des urnes, la gestion transparente, redevable et inclusive…
Et nul ne sait à l’heure où s’écrivent ces lignes quand et comment prendra fin la série nauséabonde de l’intrusion de l’armée sur la scène politique tant les torts sont partagés, notamment dans les cas récents entre militaires putschistes et politiciens véreux jamais respectueux de la parole donnée et jamais respectueux de la res publica.
Explication : d’un côté, depuis l’intrusion de l’Armée sur la sphère politique le 19 novembre 1968, les militaires maliens lorgnent en permanence le pouvoir politique, ce qui est un crime de lèse-majesté en démocratie. Et de l’autre côté, les politiciens une fois arrivés au pouvoir disent adieu aux principes de bonne gouvernance pour dire bonjour au népotisme, à la corruption, au clanisme et opacité de gestion ; toutes choses qui grillent leurs côtes de popularité (s’il y en a) auprès de l’électorat ; électorat non sensible à leur sort peu enviable à cause de ce que leurs deux mains ont accompli de négatif sous de maints angles pendant leur règne maléfique, dans la plupart des cas.
1. Quel sens donner à cette ultime action de l’Armée neuf mois jour pour jour après la prestation de serment de Bah Ndaw comme Président de la transition le 25 septembre 2020 ?
L’inimité cultivée au sommet de l’Etat jusqu’à l’éclatement se traduisant par l’indescriptible et honteuse crise actuelle est, sans nul doute,une faute collectivecertes (Ou bè no don sanfè) mais dont la responsabilité première incombe au premier d’entre eux, homme d’expérience à la fois par l’âge et le parcours qui s’étale tout au moins sur une durée de 30 ans. Je parle bien du Président, premier d’entre le trio qui gouvernait.
Notre cher Président que l’on a tous accepté aurait dû nous éviter cette énième crise en se mettant au -dessus de la mêlée et arbitrer entre le PM et le vice-président en ayant une forte dose de bon sens qui fait que la défense pour un militaire est un trésor de guerre car ayant sous son autorité la troupe de soldats. Lui arracher ce trésor, c’est comme sortir le poisson de l’eau, toute sa force est anéantie, d’où la révolte de ceux qui l’ont fait roi parce que simplement le bons sens a été royalement foulé au pied pour des raisons inavouées.
Etant civil et farouchement attaché aux principes et valeurs démocratiques avec un minimum de bagages et d’expériences acquis auprès de grands hommes comme feu Maître Abdoulaye Sékou SOW et feu Dr Oumar Barou MAKALOU, je suis convaincu que c’est la jeune génération civilo-militairequi remettranotre patrie sur les rails, pas les gens dépassés soucieux de leurs conforts et craintifs face aux donneurs d’ordres bidons de la part de mains étrangères se croyant invisibles mais que notre perspicacité découvre à volonté. Etre jeune et patriote, c’est de cela que le Mali a besoin pour avancer. A contrario, l’on n’a que faire des calculateurs froids et malins car à ces soit disant malins, l’on opposera des malins et demi assurément pour doucher leurs ambitions lugubres et apatrides.
2. A titre de rappel, réunion houleuse du 06 janvier 1978 du sinistre CMLN
L’histoire ne nous enseigne aucune leçon. Sinon, il est séant que celui ou celle qui s’assoit dans le fauteuil présidentiel cherche à renforcer sa culture générale à l’appui des faits passés ici et ailleurs.
Cas édifiant : l’implosion du CMLN a pris corps en ce jour du début du nouvel an 1978 lors de la première réunion au cours de laquelle le Président Moussa TRAORE exprima sa volonté de remanier le Gouvernement consistant à retirer la défense des mains du Ministre Kissima Doukara. La réponse de ce dernier fut un niet catégorique à l’encontre de Moussa et pour cela, il acquit le soutien indéfectible de la majorité des conjurés présents, mettant ainsi le Président Moussa en minorité.
La suite est que le Président Moussa devait récolter les conséquences de sa maladroite et impopulaire initiative.
Voilà un scénario tout aussi identique à la crise actuelleà la différence que le Président Moussa TRAORE prit de court ses adversaires avant qu’ils ne passent à l’acte. Autrement, ils l’auraient tout simplement arrêté.
3. Un militaire reste un novice en matière de gouvernance politique et un politicien véreux est un virus mortel
Il est grand temps que les maliens aient en permanence à l’esprit que la souveraineté ne signifie pas la nullité des valeurs universelles.
Plus précisément, l’occident et même les autres parties de la planète terre ont cantonné les militaires dans un rôle d’obéissance aux civils politiques pour gouverner. Bon sang, pourquoi l’Afrique constitue l’exception dramatique à cette règle universellement positive afin que les armes se taisent à jamais sur le terrain politique ?
La seule réponse à cette question nous aidera à résoudre à 50% la délicate équation de gouvernance démocratique.
L’autre 50% trouve sa solution dans le comportement exemplaire des politiciens ; ce qui est une chimère en ce sens que ceux -ci se moquent éperdument des valeurs d’éthique et morales aux seules fins de quête de pouvoir politique quel qu’en soient les prix c’est-à-dire à coups de mensonges, de trahisons, de corruption financière, de vies brisées. Que sais-je encore ?
C’est ce qui fait que l’ultime recours reste les armes et l’on revient à la case de départ car le cercle vicieux s’illumine de ces pratiques malsaines.Quelle énième humiliation du Mali!
4. Le Mali à la croisée des chemins certes mais ne saurait être le théâtre d’intérêts géo stratégiques et de firmes financières
Le sujet sécurité, véritable fonds de commerce, est vital pour la survie de certaines mains invisibles qui manipulent et ourdissent des complots contre nos vaillants soldats, descendants de l’empire du Manding, de l’empire Songhoï, du royaume Bambara…
Malgré les obstacles jonchant notre chemin de la victoire sur les forces du Mal se trouvant soit sur le terrain soit dans de grandes salles d’élaboration de schémas funestes protégeant leurs gains sordides, illicites et tachés de sang, les maliens doivent s’assumer comme le père de l’indépendance l’a fait il y a 61 ans face à l’impérialisme et au capitalisme qui a comme astuce d’infiltrer l’intérieur pour faire pourrir le fruit familial.
S’assumer signifie avoir l’entièreté de choix de ses partenaires de sécurité nationale, pouvoir nommer librement les membres de son gouvernement sans aucune interférence extérieure, avoir le sens de partenariat fécond en ce sens que les vérités d’hier ne peuvent continuer à nous maintenir dans le joug de la domination post coloniale. Bref, le Mali refuse de se mettre à genou à l’image du Rawanda. Il continuera à avancer sur ses pieds, avec foi en l’avenir.
Occasionner une bisbille de gouvernance découlant de l’incapacité de faire face à ses responsabilités et qui se termine par une révolte de cette nature est nocive pour le pays car l’exposant à des crises connexes telle l’insécurité aggravée, la mauvaise gestion accentuée des ressources financières publiques entrainant davantage de paupérisation des braves populations, la corruption au stade avancé, l’opportunisme dans la recherche de poste car nombreux sont les tagnininaw aux aguets alors que le Mali est bien en détresse quoi qu’on dise.
Conclusion :
J’invite ici les chers lecteurs à méditer cette citation du 35ème Président américain John Fitzgerald KENNEDY « Le Coup d’Etat est destructeur, autodestructeur et destructeur pour l’hémisphère ».
Pour ce qui de la crise actuelle, en résumé, notre Président aurait dû tout simplement continuer avec l’équipe gouvernementale jusqu’à l’élection de février-mars 2022.
Le malien lamba se demande pourquoi un changement en court de route si le même Premier Ministre doit rester. Il y a assurément anguille sous roche ; ce qui ne dédouane point le Président déchu, loin s’en faut. Il s’est créé des ennuis inutiles et préjudiciables au pays, oubliant que depuis son investiture, ce n’est plus l’individu Bah Ndaw mais la clé de voute du fonctionnement de nos institutions en tantqu’Etat. Très dommage !
Mais, tout cela prouve à suffisance, que le pouvoir politique n’est pas pour le personnel militaire. Quiconque s’y frotte s’y pique.Gouverner n’est pas un sujet de conversation pour dîner mondain, ce qu’il faut, c’est se retrousser les manches et mettre les mains à la pâte, convenablement ; ce qui requiert une certaine formation idéologique.
Leçon pour nos frères en uniformes : un militaire a beau bien démarrer le pouvoir politique, ça se termine toujours mal surtout s’il s’inscrit dans la durée.
A ce sujet, l’icône africaine de combattant de la liberté et de la démocratie Nelson Madiba MANDELA disait si bien « Ceux qui s’éternisent au pouvoir jouent avec le feu ». Illustrations : Mobutu en RDC après 32 ans de règne, Kaddaffi en Libye après 42 ans de règne, Ben Ali en Tunisie après 23 ans de règne, Compaoré au Burkina Faso après 27 ans de règne et actuellement Déby au Tchad après 30 ans de règne. Sans oublier notre GMT après 23 ans de règne. La liste noire et macabre est loin d’être exhaustive ! C’est en Afrique que les putschs sont malheureusement les plus fréquents du fait des jeux à la fois internes de positionnement et externes des puissances étrangères pour des intérêts obscurs. Mais ce qui est constant, le ou les militaires auteurs des putschsfinissent toujours par y laisser leurs plumes de la plus horrible manière. C’est regrettable que cette VERITE de la palisse ne serve pas de leçon afin qu’ils y prennent garde définitivement. Alors comme le disent les anglais « A wise man is enough ».
Toujours dans la dynamique des errements de gouvernance, la gestion peu orthodoxe au sommet de l’Etat par nos politiciens ivres du pouvoir et non de l’intérêt généralmérite correction pour davantage de transparence, d’inclusivité et de redevabilité. Nul ne peut se soustraire à ces règles et espérer contribuer au bien -être collectif. Sachons raison gardée en ayant à l’esprit que la vie continue après l’exercice du pouvoir.Avec un tel raisonnement, la base de notre gouvernance sera la rationalité et non la folie.
Bamako, le 29 mai 2021
Mamadou Fadiala KEITA, Juriste
Coordonnateur ONG AJCAD, Président COMED, Organisateur en chef Cri-2002.

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