Isolement diplomatique du Mali : Choguel, l’agneau sacrificiel ?

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L’étau se resserre autour de la junte au pouvoir suite à deux coups d’état militaires en neuf mois. Après un calme précaire, le Mali est désormais dans une impasse qui ne dit pas son nom. Aucun espoir à l’horizon : ni la sécurité, ni l’économie et encore moins l’organisation des élections objet de toutes discordes ne semble avoir un début de solution. L’euphorie du 18 août a fait sérieusement place à l’incertitude. Les dernières sorties médiatiques du Premier ministre ont mis le Mali à dos contre la communauté internationale mais aussi la classe politique malienne pour le retard dans l’organisation des élections.
Ce n’est plus une rumeur sur le fait que le pays va très mal et se dirige même droit dans le mur. Plusieurs signaux montrent que les ingrédients sont prêts pour que le Mali sombre dans une autre crise si rien n’est fait pour sauver les meubles.
Le moins que l’on puisse dire en effet, l’actuel Premier ministre, si sa nomination à la primature a semblé ramener un calme précaire, c’est en réalité un arbre qui cache la forêt. Depuis sa nomination le 7 juin passé, si Choguel a réussi une prouesse, c’est celle de la vengeance, la division des maliens et l’isolement du Mali dans le monde diplomatique comme on peut le constater. Le Mali depuis deux mois, est en profonde crise avec ses partenaires classiques et ceux particulièrement engagés dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Cette crise est la conséquence des déclarations inopportunes du premier ministre, Dr Choguel Kokala Maïga. Il annonçait lors de ses 100 premiers jours à la Primature que le Mali prévoit de faire venir le groupe de sécurité russe, Wagner. Une position qu’il a confirmée et appuyée au Conseil de sécurité à Washington à la tribune du Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour lui, cette initiative émane du faite que la France a annoncé unilatéralement son départ des régions du Nord et comme ne pouvant pas pour les raisons d’insuffisance d’effectif assurer la sécurité dans ces régions, les autorités au lieu d‘opter pour le dialogue charge la France alors que les autres pays européens présent dans le cadre de cette lutte contre le terrorisme sont tous contre la venue de Wagner. La France a lâché le Mali en “Plein vol’’, affirme Choguel au Nations Unies.
Cependant si cette sortie a tout de même galvanisé les Maliens dans l’ensemble contre la France et même réjoui l’Afrique francophone, il est à noter qu’au moment où Choguel tient ses propos, son pays va très mal et ne peut supporter ses propres charges. Le pays est plongé une fois encore dans l’insécurité totale avec la multiplication des attaques contre nos vaillants soldats et surtout les populations civiles sans défense aucune. Mais aussi, il est à noter que dans cette entreprise risquée de faire venir Wagner, les maliens sont partagés entre peur et audace face aux différents rapports des activités de ce groupe de sécurité russe en République centrafricaine.
Ce qu’il faudra noter dans cette démarche est que ni la CEDEAO, ni l’Union africaine ne soutiennent le Mali dans cette aventure et encore moins la France, les Etats Unis et l’Europe. Mais faut-il préciser que si les autorités de la transition semblent opposer un niet pour suspendre la venue de Wagner, elles peuvent cependant se cacher derrière la supposée souveraineté du Mali en n’oubliant pas de même que la position géographique de notre pays ne nous donne pas cet avantage de tenir tête à nos voisins pour des raisons économiques.
L’autre problème auquel le pays est confronté aujourd’hui est le respect du délai de la transition tel que fixé par les autorités actuelles. Sur le respect des dates, Choguel qui dénonçait les militaires hier de vouloir s’éterniser au pouvoir, trouve les moyens d’expliquer cette prorogation par l’organisation des Assises Nationales de la refondation (ANR) alors que celles-ci ne sont pas une décision des forces vives mais une créature de la seule et unique volonté de sa majesté Choguel Kokala Maïga. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup de voix au sein de la classe politique malienne dénoncent une rencontre de trop et budgétivore qui n’a pour seul projet que de tout faire pour proroger cette transition. Déjà, plusieurs partis annoncent leurs défections pour ces assises qui devront se tenir fin décembre prochain. C’est à croire que les partis politiques n’attendent que la fin du délai de la transition pour déclencher les hostilités à travers des manifestations pour réclamer le retour de l’ordre constitutionnelle contre les autorités de la transition en place.
En clair, ni la communauté internationale, ni la classe politique malienne ne porte les autorités actuelles dans leurs cœurs pour les deux raisons principales citées : la venue de Wagner et le non-respect du délai de la transition pouvant permettre le retour des civils au pouvoir à la suite d’élections.
Et face à la crise économique actuelle qui a complètement assommé le Mali, il serait difficile de tenir tête à nos voisins de la CEDEAO qui, probablement prendront des mesures fortes contre le Mali au sommet extraordinaire du 7 novembre. Ainsi, que feront les militaires pour se sauver d’une nouvelle descente des populations dans les rues au moment où la cherté de la vie est très critiquée au sein de l’opinion et qui peut-être objet de récupération politique?
La rupture de confiance entre les autorités de la transition et la CEDEAO, l’ONU, la France, les USA…, ajoutée à celle de la Classe politique qui ne veut rien lâcher au moment où la population crie à la cherté de la vie, est ni plus ni moins une occasion en or avec des ingrédients réunis pour déclencher des manifestations contre la junte. Pour celui, qui voit le danger de loin, la pomme de discorde actuelle s’appelle ChoguelKokalaMaïga. Et les militaires n’auront pas d’autres issues que de le liquider pour retrouver la confiance de la communauté internationale et celle de la classe politique en choisissant un nouveau premier ministre avec un gouvernement dite de large ouverture. En tout cas, pour les observateurs avertis, les jours du tout puissant premier ministre sont comptés. La visite du Ministre de la Défense, Colonel Sadio Camara en Côte d’Ivoire pour rencontrer Alassane Ouattara se serait même fait à l’insu du Premier ministre.
Binadjan Doumbia
Source: Le Prétoire

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