Lettre ouverte de Lanceni Balla Keïta à son grand frère IBK : « On a beau être l’imam de la Mecque, on n’échappe pas à son destin »

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A l’occasion de la date anniversaire de la fin brusque du pouvoir de l’ancien président IBK, Lanceni Balalla Keïta livre sa perception du destin tragique du Mali. Que ce soit au sujet de la gouvernance fautive de l’ancien chef d’Etat ou la fuite en avant des contre-pouvoirs, Lanceni se montre dur. « Les partis de la majorité présidentielle, au nombre de soixante-quinze, se demanderont pourquoi ils se sont cousu les bouches, boucher les oreilles, fermer les yeux… Les Partis d’opposition se diront que malgré leur petit poids, ils ont suffisamment alerté le peuple contre les dérives politiques. Ce peuple n’a rien voulu comprendre, sinon les traiter de baniango », écrit-il. Requiem pour une République bananière ? Lisez plutôt!

Notre article pourrait avoir comme titre : « Il était une fois au Mali un Roi Mandingue surnommé Ladji Bourama». Koro Bourama, cela fait un an que tu quittais Koulouba à la suite de manifestations populaires dont le fer de lance politique était le M5-RFP, mouvement auquel j’ai adhéré formellement tout en te mettant en garde contre la mal gouvernance. Bien que le M5-RFP vous a soumis des solutions pour sortir par la grande porte. Tu as refusé ces solutions et finalement tu as été chassé de Koulouba.
Koro Bourama, a oublié ce qu’est Koulouba, le siège du pouvoir au Mali. Mais en lieu et place de Koulouba, tu as préféré Sébénicoro, qui ne devrait être qu’un dortoir et non une substitution à Koulouba. Pour rappel, il est important de relater l’histoire de Koulouba. En effet, Samalé Bamba KEITA est le fondateur du village de Samalé. C’est ce dernier qui a également fondé Bamako et installé les Niaré occupant les hauteurs des montagnes, les maures venus d’Algérie et du Maroc sur le site de Bamako qui signifie « le marigot de Bamba ».
Lors de la pose de la première pierre, le Général de Trentinian a demandé au doyen des familles Niaré en tant que propriétaire de Koulouba de venir poser avec lui la première pierre du palais qui portera le nom de Koulouba et qui sera le centre de décision de la colonie du Soudan Français. Les Niaré ont répondu qu’ils n’étaient pas propriétaires de la zone, mais plutôt les descendants de Samalé Bamba KEITA.
C’est à la suite de cet éclaircissement révélé par la famille Niaré, que le village de Samalé a délégué un de leur doyen du nom de Makandianfing KEITA, un maçon à la retraite, pour procéder à cet acte. Il est venu avec son petit fils de 10 ans qui a posé la première pierre de Koulouba en compagnie du Général de Trentinian en 1905. Koro Bourama, une fois dans ce haut lieu symbolique voilà que tu as oublié les symboles qui gouvernent ce lieu, chose qu’il ne fallait pas.
Cette faute a été fatale pour toi ainsi que l’Accord d’Alger et son arrangement sécuritaire qui a créé deux états de fait sur l’espace appelé République du Mali, sous la pression de la France. Koro Bourama et pourtant je t’avais averti dans le N° 421 du lundi 22 juin 2015 dans le journal « Prétoire » en te relatant ceci :
« Selon le Député rebelle français, Jacques Millard, « La Fermeté sur les principes est toujours une valeur sûre en politique, la pusillanimité, le laxisme servent toujours les desseins de l’adversaire. Ce manque de fermeté est certainement la cause de la partition consommée du Mali en deux entités : La Nouvelle République du Mali avec une population de 14 millions d’habitants, couvrant six régions : Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti et le District de Bamako pour une superficie de 500 000 Km2 ; la République d’Azawad avec une population de 1 500 000 habitants couvrant six régions : Douentza, Gao, Ménaka, Tombouctou, Kidal et Taoudéni pour une superficie de 750 000 km2. Elle compte deux régions Touaregs (Ménaka et Kidal) ; deux régions arabes (Taoudéni et Tombouctou), une région Sonrhaï (Gao) et une région Peulh (Douentza). Cette partition programmée et consommée par l’Accord d’Alger 2015 et son Arrangement Sécuritaire me rappelle la fin de l’Empire Romain d’Occident suite à l’abdication de Romulus Augustule le 4 septembre 476.
Koro Bourama ce qui est de ton cas, voici ce que l’Histoire contemporaine retiendra désormais de toi. C’est sous le règne du Président Ibrahima Boubacar Kéita, cinquième président de la République du Mali et troisième Président depuis l’avènement de la démocratie, que le Mali s’est scindé en deux Républiques suite à une rébellion Touareg des années 2012.
Les Historiens souligneront avec singularité que la partition de la République du Mali comme la fin de l’Empire Romain se rapporte à plusieurs causes profondes et à des événements liés au manque de visions de tous les dirigeants de l’ère démocratique quant à l’avenir du Pays. Que cette République très vaste avec des peuples cosmopolites, berceau de tous les grands empires de l’Ouest Africain, a vécu « La vie d’une rose, l’espace d’un matin ». Les Historiens questionneront chaque composante de la société malienne sur sa part de responsabilité dans la disparition de la République du Mali.
Les partis de la majorité présidentielle, au nombre de soixante-quinze, se demanderont pourquoi ils se sont cousu les bouches, boucher les oreilles, fermer les yeux. Ils se sont transformé en griot, Kouyaté ou Diabaté pour ne chanter que l’apologie du régime ? Les Partis d’opposition se diront que malgré leur petit poids, ils ont suffisamment alerté le peuple contre les dérives politiques. Ce peuple n’a rien voulu comprendre, sinon les traiter de « baniango ».
La Société dite civile constituée de volontaires a voulu constituer un contrepoids pour le pouvoir de l’ère démocratique. Mais elle regrettera sa faible capacité de mobilisation sans les religieux. Les presses écrites et parlées jugeront qu’elles ont suffisamment expliqué les enjeux de l’heure sur l’état de la Nation au peuple majoritairement analphabète. Malgré cela le peuple n’a pas compris tous les enjeux de cette crise. Les hommes de presse diront qu’ils ont organisé des milliers de séances de débats pour donner le signal sur la fin de la république, sans avoir eu en retour l’éveil de conscience attendue.
L’Armée dira qu’elle n’a pas été équipée à hauteur de souhait pour effacer la honte et le déshonneur de la débâcle du 21 mai 2014 à Kidal. Qu’elle s’est repliée sur elle-même, faute d’avoir eu un dirigeant courageux qui ait accepté de porter le chapeau du premier responsable de la débâcle du 21 mai 2014. Les intellectuels, spécialisés des grands débats dans la presse, à la télévision nationale et dans les radios libres, diront que le manque de courage a eu raison d’eux, car ils s’attendaient à être nommés par le régime à de hautes fonctions Administratives. C’est la raison pour laquelle il fallait rester bouche cousue et dans l’ombre le temps qu’il fallait.
Les Constitutionnalistes diront qu’ils ont vu venir la Partition sans avoir eu le courage d’alerter le peuple sur les mauvais articles de l’Accord d’Alger 2015. Ils diront qu’ils ont baissé la tête pour ne pas rencontrer le regard interrogatif du Malien lambda, bien que seul le Pr Brehima Fomba aura eu le courage d’écrire dans la presse pour informer le peuple des incohérences entre la constitution de Février1992 et l’Accord d’Alger 2015.
Koro Bourama, la diaspora intellectuelle se dira non concernée car elle et leurs progénitures ne comptent plus revenir au Mali qui aura fini d’exister dans son état actuel avec l’application de l’accord d’Alger. Les Paysans diront tout simplement que les intellectuels maliens les ont encore trompés avec leur langue mielleuse. Finalement, ils diront « si nous savions » ; mais il est trop tard pour nous tous.
Les religieux se sentiront coupables, pour avoir joué le rôle de « faiseurs de Roi » en tant que seule force capable de mobiliser des milliers de personnes, remplir le stade du 26 mars pour une cause donnée. Leurs adeptes diront que les religieux sont devenus plus politiques que les chefs de partis politiques.
Les femmes qui ont été le fer de lance des folles journées du 21 au 26 mars 1991 pour la révolution démocratique regretteront leur bravoure à jamais. Elles diront lors des causeries dans les Marchés populaires que la démocratie leur a fait comprendre que « blanc bonnet et bonnet blanc » sont les mêmes. La cour suprême aura-t-elle encore sa raison d’être, quand l’intérêt personnel a primé surtout sur l’intérêt général.
Ces Membres se souviendront de cet adage du griot de Samori Touré du nom de Morifindian Diabaté : « Si tu ne peux dire la vérité, confie ta langue à l’imprudent du village, il fera diffuser ta pensée » Ils regretteront pour le reste de leur vie, la trahison du peuple. L’Assemblée Nationale démocratique et ses législatures diront qu’elles ne peuvent plus se présenter devant le peuple, car c’est avec leur trahison que le Pays s’est scindé en deux entités : la Nouvelle République du Mali et la République d’Azawad. Actuellement pour s’y rendre, le Président de la République, les premiers Ministres et les Ministres doivent payer un ticket d’entrée.
Koro Bourama, et dans tout cela, que diront le capitaine « BAD » et ses cent compagnons égorgés à Aguel-Hoc et tous les militaires et administrateurs tués dans cette zone ? Dans leurs tombes que peuvent-ils se dire réellement ? « Oh nous nous sommes sacrifiés pour rien, Pauvres de nous, de nos enfants, de nos femmes et de nos parents ! » Les médaillés d’or de l’indépendance reverront défiler le film de leur lutte pour l’indépendance du Mali, et à la fin, le peuple lira écrit sur leurs pierres tombales : Ci-gît : « La République du Mali Née le 22 septembre 1960 et décédée le 20 juin 2015 ».
Koro Bourama, quant aux Nyamakala », les Kouyaté du Mandé, qui depuis des générations sont au service des Princes Keita du Mandé, vont- ils regretter toutes les louanges chantées pour saluer l’avènement d’un « Diatigui » attendu par tous à la Commande de notre Maliba. Ils nous raconteront que ce sont les grands hommes qui font l’histoire. Qu’ils sont considérés comme des Héros. Mais, attention, qu’il y a des Héros qui ont mal fini d’après l’histoire ; Ils nous rappelleront aussi que dans la gestion d’un Etat, le Chef devrait toujours faire sienne de cette devise de Kourou Kanfouga, à savoir « plutôt la mort que la honte ».
Ils évoqueront aux générations futures que c’est avec l’Accord d’Alger 2015 que « La Chèvre a mordu le Chien et que la Souris a mordu le Chat au Mandé ». Koro Bourama, et, enfin, les Niamakalas de Bamako, de Kayes, de Ségou et de Mopti raconteront dans les grands Sumu le triste déclin du Mali par la faute de dirigeants faibles. Ils auront sauvé leurs têtes sans sauver le Mali et les Maliens avec eux.
Que la preuve ultime de cette faiblesse a été leur capitulation face à la pression d’un groupe de rebelles touareg de Kidal et de France. Aussi, ils auront par ce fait trahi hautement le peuple qui leur a fait une confiance aveugle. Ils nous expliqueront que pour remettre le peu qui reste de la République du Mali sur une autre trajectoire, la voie parait dure. Ils nous persuaderont que c’est dans le feu que le fer se trempe et devient acier, que c’est dans la douleur que l’âme trouve la révélation de sa force.
Que c’est dans le bavoir que les peuples surmontent leurs drames ; que c’est dans la difficulté qu’un peuple se découvre. Et à la fin de leur récit, ils diront que nous sommes tous fautifs, car nous avons considéré que le temps est cyclique et non linéaire! Koro Bourama, en conclusion, souviens-toi de ce conseil du griot Djéli Mamadou Kouyaté dans l’Epopée Mandingue de Djibril Tamsir Niane : « Dieu a ses mystères que personne ne peut percer. Tu seras roi, tu n’y peux rien, tu seras malheureux, tu n’y peux rien. Chaque homme trouve sa voie déjà tracée, il ne peut rien y changer ».
Koro Bourama, cela veut dire en d’autres termes qu’on a beau être l’imam de la Mecque, on n’échappe pas à son destin. En définitif, c’est le Mali qui a perdu à cause de ta gouvernance.

Bamako, le 20 août 2021

Ton frère Lancéni Balla KEITA, ancien député.
Ancien Ministre, ancien Député

Koro Bourama, le peuple s’est trompé en te prenant comme un homme d’état au moment où tu étais sous la gouvernance d’Alpha Oumar Konaré. Devenu Président de la république tel n’a pas été le cas. Tu es devenu tout simplement un homme politique exerçant la politique politicienne (démagogie, calculs personnels).
Koro Bourama, si l’homme d’état fait passer l’intérêt général avant tout, se mettant au service du bien commun et non personnel, dans l’exercice, tu as priorisé la « ma famille d’abord » et non le Mali. Koro Bourama, il fallait penser à la fable de la Fontaine c’est-à-dire en chaque chose, il faut considérer la fin. Tel n’a pas été le cas. Cela fait partie des causes de ta chute.

Source: Le Prétoire

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