MAOULOUD BEN KATTRA, PRESIDENT DU PARTI MALIEN POUR LA DEMOCRATIE SOCIALE : « Je ne suis pas de ceux-là qui souhaitent notre sortie de la Cedeao, encore moins l’affronter »

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Dans cette interview qu’il a bien voulu accorder à votre bihebdomadaire préféré « Le Prétoire, l’éloquent et rigoureux (dans ses analyses politiques) président du Parti malien pour la Démocratie sociale (Pmds), Maouloud Ben Kattra donne, avec une grande objectivité, son avis sur les questions brûlantes de l’actualité malienne. Si Maouloud Ben Kattra a décidé d’inscrire son action politique dans le soutien des autorités de la transition par devoir patriotique, il se réserve de leur dire aussi ses vérités tout crues. Très indulgent envers les autorités de la transition avec comme seule motivation d’œuvrer à la refondation politique et sociale du Mali après que le régime démocratique, dans la pratique, ait échoué, le président du PMDS dit aussi, sans langue de bois, qu’il ne fait pas partie de ceux-là qui souhaitent notre sortie de la Cedeao, encore moins l’affronter. Mieux, il estime que les autorités de la transition malienne pouvaient éviter les sanctions de la Cedeao en amorçant, dès l’arrivée de l’actuel Premier ministre avant même sa DPG, des rencontres tout azimut avec les partenaires, sans tapage, en leur exposant s’il le fallait le schéma dans lequel nous voudrions avancer. Lisez !
Le Prétoire : Comment votre parti, le Parti malien pour la Démocratie sociale (Pmds) résiste au contexte général actuel où la crédibilité des hommes politiques maliens est fortement remise en cause ?
Maouloud Ben Kattra : Le Parti malien pour la Démocratie sociale (Pmds) comme tous les autres partis s’adaptent au contexte sociopolitique de notre pays. Et comme vous le savez, nous sommes dans une transition où à notre avis il n’y a ni opposition ni majorité. En termes clairs, nous devons être présents partout où le devoir politique, patriotique nous appelle pour apporter notre contribution politique aux autorités de la transition. Nous tentons de ne pas rentrer dans des polémiques stériles face aux critiques négatives pour éviter de nous détourner de notre mission tout en respectant l’opinion de nos compatriotes sur la crédibilité des forces politiques de notre pays qui, du reste tire ses origines d une mauvaise gouvernance depuis plusieurs années et essayons de corriger toutes ses erreurs liées à ces gestions calamiteuses en marquant notre présence à toutes les rencontres initiées à cet effet pour être présent pour le renouveau politique du Mali.
Cette interview se réalise au moment où les travaux des assises nationales de la refondation battent le plein. Est-ce que le Pmds participe à ces assises ?
Le Pmds répondra présent aux prochaines assises nationales, peu importe la qualification qu’on les donne. L’essentiel pour nous, c’est d éviter d être absent partout où le devoir politique et patriotique nous appelle. Car pour nous, ce régime est pour tout le monde et vous savez comment il est venu. Référez-vous aux raisons profondes qui ont engendré des manifestations de rues et qui ont abouti au changement de régime, mais aussi à l’engagement des autorités de faire participer tous les acteurs politiques sans exclusion. Dès lors pour nous, pas un autre schéma politique que celui d’œuvrer à la refondation politique et sociale du Mali. Notre participation aux assises n’est liée à aucun calcul politique si ce n’est notre engagement et notre détermination de faire du Mali un pays qui évolue positivement en tirant les leçons du passé.
Au moment où beaucoup de vos collègues, hommes politiques, se coalisent pour mettre la pression sur les autorités de la transition et les forcer à respecter la date initiale prévue pour l’élection présidentielle, vous, à travers l’Alliance citoyenne pour la République et la Démocratie (Acrd), avez fait le choix de soutenir les autorités de la transition dans leur projet de repousser la date initiale des élections. Quelles sont motivations ?
Notre motivation au sein de notre regroupement, c’est l’amour que nous avons pour notre pays. C’est aussi éviter pour nous, qui aspirons au pouvoir, de l’exercer sans couac comme par le passé. C’est aussi simple que ça. Par ailleurs, nous évitons d’opiner sur les positions de ceux qui ont fait le choix de ne pas y participer. Tout de même, nous les invitons d’éviter la politique de la chaise vide. Car, tout ce qui se fait sans vous se fera contre vous. Mais, je suis, tout de même, optimiste quant à leur participation aux assises compte tenu du rapport et surtout la volonté affichée des plus hautes autorités de confier la gestion technique et organisationnelle à des personnalités neutres et qualifiées. Cela est à saluer et marque le souci du gouvernement de faire amener tout le monde.
Est-ce à dire que les autorités de la transition sont en train de réussir là où un régime démocratiquement élu a échoué ?
Vous savez si le régime démocratique, dans sa pratique, n’avait pas échoué, il n’allait pas avoir un coup d’état. C’est pour éviter justement ces coups de force à répétition que tous les acteurs politiques doivent se donner la main pour nous sortir une fois pour tout de ce scénario d’instabilité politique et redonner à notre pays un nouveau visage dans la durée.
Qu’est ce qui vous pousse à croire à la bonne foi des autorités de la transition ?
Ce qui me pousse à croire aux autorités de la transition, c’est leur volonté affichée de nous inviter à toutes les rencontres politiques, les ateliers, les foras….Mais, c’est surtout le fait de se décharger de l’organisation des prochaines assises en la confiant à des personnes neutres.
Quelle appréciation faites-vous de la décision des autorités de la transition de négocier avec les Djihadistes maliens ?
Négocier avec les djihadistes est une volonté du peuple malien exprimée au cours du Dialogue national inclusif lors duquel nous étions présents. Mieux, il est question des Maliens bien connus. Si c’est le chemin qui mène à la paix tant mieux ! Mais attention, cette négociation ne doit aucunement remettre en cause les principes sacrosaints de l’état malien. Je parle du caractère laïc, la forme républicaine de l’état, l’intégrité de l’état, la démocratie. Bref, notre souveraineté…
La question du respect de la date initialement prévue pour l’élection présidentielle continue aussi de faire monter la tension entre les autorités de la transition et les chefs d’Etats de la Cedeao qui ont fini par prendre des sanctions contre ces dernières la semaine dernière. Pensez-vous juste cette réaction de la Cedeao ? Pour vous, quelle doit être la nouvelle posture des autorités de la transition face à ces sanctions de la Cedeao ?
Écoutez, la Cedeao est une organisation politique et économique mais surtout une organisation des peuples que je respecte particulièrement. De ce fait, je ne suis pas de ceux-là qui souhaitent notre sortie de la Cedeao, encore moins l’affronter. Ces sanctions sont des principes communautaires que nous regrettons compte tenu des difficultés politiques sociales et surtout sécuritaires propres au Mali. Notre organisation commune devrait être guidée par ce contexte que traverse notre pays en nous accordant des circonstances atténuantes. Les élections, c’est l’aboutissement d un régime politique démocratique et légitime certes, mais le cas du Mali est une exception qui devrait être traité différemment. A mon avis, la Cedeao qui n’ignore pas le cas malien ne devrait pas arriver à ces sanctions mais plutôt réfléchir avec les autorités maliennes pour un autre schéma allant dans le sens de revoir le calendrier que nous l’avions nous-mêmes soumis afin de résoudre définitivement ces problèmes de réformes qui englobent tout, y compris l’accord d’Alger. Cependant, nos autorités devraient amorcer, dès l’arrivée de l’actuel Premier ministre avant même sa DPG, des rencontres tout azimut auprès de nos partenaires sans tapage en leur exposant s’il le fallait le schéma dans lequel nous voudrions avancer et qui devrait prendre en compte tout ce qui, aujourd’hui, pourrait nous éviter ces réactions. A mon avis, nous devons continuer le dialogue sans se considérer comme une victime, mais un partenaire qui reconnaît son engagement, mais, qui, à un moment, mesure les difficultés liées au non respect de ses engagements en l’exposant clairement sous une forme diplomatique. C’est pourquoi, d’ailleurs, je salue la récente déclaration du gouvernement qui va dans ce sens.
Réalisée par Youssouf KEITA
Source : Le Prétoire

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