ME HAROUNA KEÏTA, AVOCAT À LA COUR ET ANCIEN DÉPUTÉ RPM : « IL FAUT QU’ON DONNE DU TEMPS À LA NOUVELLE ÉQUIPE DE TRAVAILLER POUR ASSAINIR LA SITUATION…

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《Je ne sais pas pourquoi les gens sont pressés pour tenir les élections. Ils sont pressés pour que les élections se tiennent coûte que coûte dans la précipitation, dans un délai court, donc de façon bâclée. On connaît bien la situation de ces gens. La plupart d’entre eux ont participé au saccage de ce pays, à le mettre à genoux, à le jeter à terre. Ils sont pressés de reprendre le pouvoir pour faire quoi? Ils ont l’argent volé et thésaurusé au détriment de notre peuple et ils veulent triompher à l’issue d’élections mal préparées, mal ficelées, en achetant les consciences et par d’autres moyens frauduleux dont ils ont les secrets. Ce sont, disons-le sans contestation possible, les démocrates sincères et patriotes convaincus qui, depuis 1991, organisent le festival des brigands. Ils sont pressés d’aller aux élections pour continuer à dépecer le Mali. Il faut que la nouvelle constitution les disqualifie pour les 20 prochaines années, tout comme Moussa Traoré l’a fait en 1974.
Ils veulent les élections tout de suite pour faire quoi? Ils sont pressés pour se mettre à l’abri, pour échapper aux poursuites, pour bénéficier des lois, rien d’autre. C’est cela la question qu’il faut cerner les concernant. Je pense qu’ils doivent laisser les militaires et l’équipe de Choguel Maïga disposer d’un an encore pour faire un travail de fond, sérieux et solide, un travail qui nous prémunira d’une nouvelle situation d’incertitude propice à l’instabilité. Un an, c’est le minimum que l’on doit concéder à la nouvelle Transition si tant est que nous voulons une réelle refondation du pays. Les très pressés ont peut-être trouvé en la CEDEAO un allié circonstanciel qu’ils croient pouvoir peser lourdement sur nous. Ils se trompent. La CEDEAO ne peut pas mieux connaître le Mali que nous-mêmes et ceux-là qui comptent outre mesure doivent comprendre qu’elle a pris la mesure réelle du problème malien, ce qui l’a déjà conduite à ne pas rechigner sur l’arrivée du militaire Colonel Assimi Goïta à la tête de l’État, contrairement à ses exigences en août-septembre 2020. Il faut faire attention ! La CEDEAO, par pure gesticulation, peut vouloir nous presser d’aller vite aux élections. Mais avons-nous les moyens pour cela? Avons-nous les textes qui nous mettront à l’abri d’une nouvelle rupture brutale? Il faut réfléchir. Il y a au niveau de la CEDEAO des gens qui ne veulent pas des militaires, nous connaissons leurs motivations. En juillet 2020, je disais à votre journal que les militaires maliens ne sont pas des Chinois mais des Maliens au service du Mali.
Nous avons le problème de la sécurité et celui de la C.M.A., lesquels doivent nous inciter à aller doucement. Nous n’allons rien résoudre en allant aujourd’hui aux élections. Au contraire, nous risquerions de compromettre le bonheur qui doit être notre quête. Mon avis est qu’il nous faut nous donner un an encore, voire dix-huit mois de plus pour bien préparer l’avenir politique et institutionnel en résolvant les problèmes de fond comme la sécurité, l’intégrité territoriale, etc. Maintenant, en accordant à la nouvelle Transition un an, ajouté aux huit mois pour en faire vingt, et que nous constatons qu’elle ne réussit rien de bon, eh bien, elle sera chassée par le peuple comme tous ceux qui ont déconné dans ce pays. Personne ne peut en imposer au peuple. Il faut donner au temps aux nouvelles autorités de réunir les conditions indispensables à l’organisation des élections crédibles et d’envoyer au bagne tous les voleurs. C’est ensuite qu’il faut prendre les textes d’une nouvelle constitution, un nouveau code électoral. À propos de constitution, quel constitution voulons-nous? Je pense qu’il nous faut aujourd’hui un régime présidentiel, je crois que c’est la meilleure solution parce que, chez nous, il n’y a que les présidents qui sont élus et une fois élu, le président n’a plus le droit de dissoudre l’Assemblée nationale, donc plus de chantage.
Il faut prendre à bras le corps le problème de la C.M.A. Qu’elle le veuille ou pas, il faut relire l’Accord d’Alger qui n’est pas bon du tout. Je suis même d’avis qu’en le relisant, il faut inculper pour haute trahison tous ceux-là qui sont allés négocier un Accord aussi bidon en trahissant le Mali. Ils doivent être poursuivis pour haute trahison parce qu’ils ont indéniablement trahi le Mali. Concernant la C.M.A., il faut que l’on se retrouve entre Maliens. Que les uns et les autres se convainquent que le Mali est notre bien commun. Il ne sert à rien de se montrer intransigeant car la menace d’en imposer au reste du Mali par la force ne sera jamais la solution. Nous voulons un Mali éternel, convivial je veux dire. Il va donc nous falloir nous occuper sérieusement de notre armée.》
Source : journal Le National du mercredi, 23 juin 2021.

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