MOUSSA COULIBALY, PRESIDENT de l’APIM: « Les logements sociaux au Mali, c’est du gaspillage ! »

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Dans un entretien qu’il a bien voulu nous accorder, le président de l’Association des Promoteurs immobiliers du Mali, Moussa Coulibaly, dévoile comment l’Etat malien a échoué face au problème de l’accès des Maliens aux logements. Dans cet entretien, il évoque aussi les difficultés auxquelles sont confrontés les promoteurs immobiliers et comment la politique étatique du logement est en train de les tuer un à un. Lisez !

L’Actu-Economie : Comment se porte L’Association des promoteurs immobiliers du Mali (Apim) après 31 ans de vie ?

Moussa Coulibaly : Après 31 ans, l’Apim se porte plus ou moins bien.

31 ans après l’arrivée du privé dans le programme des logements au Mali,  quelle a été la part des promoteurs privés dans la révolution de l’accès des Maliens aux logements ?

De quelle révolution parlez-vous ?  Il n’y en a pas eue. Il n’y a pas eu de révolution. Il y a eu du gaspillage. La Stratégie nationale du Logement (SNL) allait résoudre tout ce problème de logement au Mali. On parle de logements sociaux, par définition, c’est lorsque l’Etat participe dans l’acquisition de logement d’un citoyen. Donc, l’Etat a mis en place une politique pour que les Maliens puissent avoir des logements moins chers. Mais, la politique de l’Etat malien des logements sociaux n’est rien d’autre qu’une affaire de blanchiment.  Ce sont des maisons qui se vendent trois plus chères à l’Etat qu’elles sont vendues par un promoteur normal de logement aux Maliens directement. Pire, le promoteur normal qui monte son programme pour vendre n’arrive pas à vendre parce que les banques ont créé des conditions plus favorables à l’Etat.  Par exemple, quand  je construis une maison de 11 millions et que mon client va demander à la banque un prêt de 11 millions. La banque va lui demander de payer à peu près 90 000 F par mois. Or moins que cette maison, les F4 et les F3 que l’Etat a rachetés avec les entreprises privées et consorts à 24 millions sont revendus à 11 millions. Au Mali, les logements sociaux de l’Etat, c’est du gaspillage. Donc ce système de l’Etat malien tue le secteur bancaire et tue le promoteur immobilier. On ne peut pas parler de révolution lorsque l’Etat tue les initiatives prises par les promoteurs privés pour développer leur pays et pour permettre à la population malienne de toutes les classes sociales d’avoir un logement. L’Etat seul ne peut pas faire face au problème de l’acquisition des Maliens aux logements. C’est juste une minorité de Maliens qui bénéficie des logements sociaux et la majorité des Maliens est mise de côté. Ce n’est pas sa politique de gaspillage qui va permettre à chaque malien d’avoir un logement. Statistiquement, l’Etat même dit que le Mali a besoin de 400 mille logements par an et si les Maliens n’ont que 6 mille par an, on ne peut pas parler de révolution. Or en diminuant, la tasse des rachats à des coûts très élevés, l’Etat est capable de multiplier sa capacité de construction des logements sociaux.

Au-delà de ces difficultés citées, y a-t-elles  d’autres ?

Bien sûr, au niveau de l’application de la loi. Notamment au niveau de l’acceptation de ton dossier, les textes disent qu’il faut un arrêté interministériel. Tu montes ton dossier, mais pour qu’on puisse l’agréer, c’est la croix et la bannière. Croyez-moi, il y a beaucoup de gens que je connais et qui attendent depuis longtemps la réponse de l’administration. Nous ne savons pas pourquoi. A chaque fois qu’on cherche à connaitre les raisons du blocage, la réponse est que les dossiers sont en cours de traitement.

En plus de cela, les gens ne le disent pas beaucoup, je reproche à l’Etat de détruire nos forêts classées. Malgré que le Mali soit un pays sahélien, on se permet de couper des arbres dans nos forêts pour bâtir des logements. C’est le cas par exemple des logements sociaux de Tabacoro. Mieux, on transforme des champs en logements.  Conséquence : les paysans n’ont  pas, de plus en plus, un moyen de survie.     

Beaucoup de Maliens trouvent toujours, à tort ou à raison, que le prix des logements des promoteurs immobiliers privés est hors de portée. Qu’est-ce qui explique le coût cher ?

Vous savez, beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte dans le prix d’un logement. Même les prix auxquels les logements sociaux sont cédés aujourd’hui ne  sont pas les prix réels. Puisque,  dans un programme immobilier,  les gens confondent les prix de la cession avec la construction d’une maison. Or, dans un programme immobilier, il y a la viabilisation, les frais financiers, l’électrification, l’adduction d’eau, le prix de la parcelle. Et  il ne faut pas oublier qu’à Bamako aujourd’hui, il n’y a presque plus de terrains. On achète chèrement les terrains avec les propriétaires. Tout cela s’ajoute au coût de la maison qu’on va construire. C’est ce qui rend un peu chers les logements.

Lors de la remise des clés des logements d’IFA-Baco, le président ATT a déclaré que sa vision est qu’un jour l’Etat puisse se retirer pour laisser le programme des logements sociaux aux privés. Qu’en est-il de cette promesse quand on sait aussi que l’Etat est une continuité ?

L’Etat ne s’est jamais retiré. Pire, il a fait intervenir les promoteurs étrangers qui n’ont pas leur place au Mali. Un accord que le Mali a signé. Mais malgré qu’il y a un rapport de réciprocité entre le Mali et la Côte d’Ivoire, les promoteurs maliens qui vont en Côte d’Ivoire sont obligés de créer une société de nationalité ivoirienne. Mais, ici ils viennent et on leur donne toutes sortes d’avantages. Ils prennent l’argent et s’en vont. Or les nationaux payent des droits. Les étrangers ne payent rien comparativement à ce que les nationaux payent. C’est de la concurrence extérieure déloyale qui est encouragée par l’Etat malien même. Je crois que l’Etat doit aider les promoteurs nationaux pour aider tous les Maliens à trouver un logement.

Et les banques ? Avez-vous leurs soutiens ?

Nous n’avons pas besoin des banques. Aucun promoteur ne va s’endetter auprès des banques pour construire. Ça crée des problèmes. Parce qu’une fois que tu prends l’argent avec les banques, il faut s’attendre au payement des agios. Et le promoteur n’est pas sûr d’avoir un client juste après la construction.

Votre mot de la fin

 

Je rassure les Maliens que leur souci d’avoir un chez-soi est une préoccupation de tous les promoteurs privés. L’Apim est là pour cela. Toute personne désireuse d’avoir un logement peut nous contacter. Et le client sera orienté vers un opérateur qui répond à ses possibilités. Car nous disposons des informations de tous les promoteurs. Personnellement, je déconseille l’achat des parcelles nues qui ouvre souvent la voie à toutes sortes d’aventures.

Réalisée par Youssouf Z KEITA

 

 

 

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