OUMAR DIAWARA, SECRETAIRE GENERAL DES GROS PORTEURS DE CHARBON ET DU BOIS : « On a envie de se débarrasser de son charbon à cause des agents des Eaux et Forêts »

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OUMAR DIAWARA, SECRETAIRE GENERAL DES GROS PORTEURS DE CHARBON ET DU BOIS

« On a envie de se débarrasser de son charbon à cause des agents des Eaux et Forêts »

Les commerçants de charbon et du bois ne sont pas à l’aise dans leur travail. D’énormes difficultés pèsent sur leurs activités à cause de l’attitude peu catholique des agents des Eaux et Forêts. C’est ce qui ressort d’un entretien que Oumar Diawara, le secrétaire général des gros  porteurs de charbon et du bois, a donné au journal ‘’L’Actu-Economie’’. Il en a profité pour attirer l’attention de l’opinion sur le pétrin dans lequel le Covid-19 a enfoui le secteur dont il préside la destinée.

 

L’ACTU Economie : Comment vous vous appelez et quel travail faites-vous ?

Oumar Diawara : Je suis Oumar Diawara. Je suis le secrétaire général des gros porteurs du charbon et du bois.

Où est-ce que vous allez prendre vos marchandises ?

Nous allons chercher le charbon et le bois dans plusieurs localités du Mali dont Dogoba, Djidjè, Dan au Mandé. Nous partons aussi vers la zone de Sélingué, Bougouni. Nous ne nous limitons pas à un seul lieu. Nous partons sur toute l’étendue du territoire national. Il ya le charbon et le bois. Les bois n’ont pas la même qualité. On peut en compter quatre qualités: Le bois rouge, des bois avec lesquels on fabrique les masques et les planches qui servent à la construction des maisons.

Quelles sont les difficultés que vous ressentez dans votre travail ?

Nous avons cinq problèmes qui entravent la marche de notre activité. Lorsqu’on prend le charbon à Bougouni, pour arriver à Bamako, c’est un tas de problème. On a envie de se débarrasser de son charbon à cause des agents des Eaux et Forêts. Quand ils arrêtent un véhicule, ils sont en mesure dire de payer 800.000 F CFA. Or nous payons tout ce qu’il faut pour faire notre travail. Cela se fait dans le cadre de la loi. Mais malgré tout cela, ils exigent autre chose pour nous rendre le véhicule de transport de charbon. C’est une des grandes difficultés qui pèsent sur le commerce du charbon et du bois. Si on doit payer 100.000 FCFA pour un véhicule, ils nous exigent 250.000 FCFA. Ainsi, on engage le marchandage et le propriétaire du charbon finira par payer au moins 150.000 FCFA pour partir. Ce qu’on doit payer dans le cadre de ce que la loi recommande, nous nous y plions. Cela est justifié sur le papier et ces sommes-là vont dans la caisse de l’Etat. Dans la mesure où les agents des Eaux et Forêts sortent du cadre de la loi, ils cherchent des sommes  de plus de 500.000 F CFA. L’autre difficulté qui pèse sur nous est la maladie à Covid-19. Avec son avènement, l’effectif qu’on a pour le travail n’est plus comme avant. Les mesures de distanciation sociale ont beaucoup joué sur les activités. Nous avons sollicité l’aide du gouvernement du Mali pour soutenir un peu nos travailleurs. Les sacs de riz, de mil et le macoroni  que nous avons reçus ont fini par créer un autre problème. Le gouvernement du Mali avait promis de donner 25.000 tonnes de riz aux syndicats de notre secteur pour les partager entre les travailleurs. Nous n’avons reçu que 100 tonnes. La Coordination nationale des syndicats et association des chauffeurs conducteurs du Mali est composée de 22 comités. Les 100 tonnes ont été données pour tous les syndicats du Mali. Notre Coordination a bénéficié de six tonnes de riz, quatre tonnes de poudre de mil et une tonne de macoroni. Comment partager cela entre 22 comités ? Un seul comité peut regorger de 70 à 100 personnes. Nous avons convié la presse le jour du partage pour informer les gens de cet état de fait. Chaque comité a eu  quatre sacs. Comme mon comité compte 75 personnes, on a décidé de donner les quatre sacs à quatre vieux. Un autre problème est que lorsque nos camions arrivent, les policiers demandent à nos apprentis la carte d’identité. Nous avons soumis le problème au ministre. Nous souffrons beaucoup de l’état de nos routes. Dogoba se trouve derrière Konibabougou. Sur la route de Dogoba se trouvent plus de 270 villages. C’est une route internationale car elle va en Guinée Conakry mais le gouvernement ne l’aménage pas. Pendant l’hivernage, cette route devient totalement impraticable. C’est moi-même qui ai procédé à la réhabilitation de cette route. Comme le gouvernement ne l’a pas fait, j’ai concerté les villages pour conjuguer les efforts financiers et physiques pour le faire. Sauf le secrétaire général de l’Untm, Yacouba Katilé qui a apporté son soutien, la mairie et la gendarmerie ne se sont pas présentées.

Comme on le dit, la production du charbon est une des causes  du changement climatique. Le gouvernement a préconisé le remplacement du charbon par le gaz butane. Pensez-vous que tous les Maliens ont les moyens de se le procurer ?

Sans le charbon, on ne peut pas préparer au Mali. Il faut voir, quand le gaz est fini, on peut faire trois mois sans en avoir. C’est le charbon que les Maliens aiment et qu’ils utilisent. Rien n’a changé en cela. Il n’ ya même pas de gaz. Quand le gaz est fini, il faut retourner au charbon et au bois sinon on mourra de faim. Lorsque le gaz devient rare, son coût augmente. Il était vendu à plus de 5000 FCFA à l’occasion de la fête, nous l’avons cherché en vain. Ce sont le charbon et le bois que le Malien connaît. Le gaz est nouveau chez nous.

 

Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui qu’il ya du bois en brousse ?

Il ya du bois. Tous les arbres ne sont pas à couper. Nous n’acceptons pas que nos travailleurs touchent à ceux-ci. Ce sont des arbres dont le remplacement est difficile, vu leur longévité. Ils sont également pleins de sens.

Est-ce qu’il y a l’entente entre les agents des Eaux et Forêts et vous ?

Oui il ya l’entente. Ils nous appellent à leurs réunions et vice versa. Mais le problème est qu’ils contrôlent les camions avant d’arriver au poste et exigent des sommes colossales. Normalement, quand on prend le papier à un poste, on ne doit plus le reprendre au cours du trajet. Et cela n’est pas à l’ordre du jour.

Est-ce qu’il y a des critères qu’il faut accomplir pour être commerçant de charbon au Mali ?

Oui, il ya des règles qu’il faut respecter. Normalement, même pour avoir l’autorisation d’aller prendre du charbon en brousse, il ya des critères en cela. Les Eaux et Forêts donnent le papier de l’autorisation qui permet à une personne d’exercer le commerce du charbon et du bois qui coûte un peu plus de 25.000 F CFA. Et c’est sous forme de carte qu’on renouvelle une fois par an. Celui qui n’a pas cette carte sur lui, doit avoir celle de notre association. A tout moment, il ya la bagarre. Ce qui est sûr, celui qui n’a aucun des deux papiers n’aura pas notre soutien en cas de problème avec les agents des Eaux et Forêts.

 

Est-ce que dans l’avenir vous êtes prêts à faire autre chose comme la vente du gaz butane à la place du charbon et du bois ?

Il n’ya pas un seul travail sur la terre. On peut abandonner un travail pour un autre. Les bambaras disent qu’on peut, étant sur un arbre prendre la branche d’un autre. Lorsqu’on amène la loi qui défend la production du bois et du charbon, ils vont nous dire comment cela se fera. Ils nous dirons ce qu’ils feront pour qu’on change de travail. Il n’y aura pas de problème. On est prêt à le faire même demain. Mais je sais que l’initiative fera long feu. Pour que cela marche, il faut qu’il y ait une abondance de gaz dans le pays. Les gens n’ont pas également les moyens de se l’acheter. Un gaz qu’on charge à 3500 FCFA peut finir en cinq jours. Mais le sac de charbon peut faire tout le mois. Le risque du gaz est aussi plus grand que celui du charbon. Le gaz a tué beaucoup de personnes dans ce pays. Ce n’est pas notre matériel de travail. Nous sommes prêts à faire tout  ce qui facilite la vie des citoyens maliens.

Réalisée par Youssouf Z KEITA

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