PANDEMIE DE LA COVID-19: Hôteliers et touristes au chômage, rêves brisés de pèlerins à la Mecque…

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Six mois après la fin du couvre-feu qui a contraint beaucoup d’hôtels et agences de voyage à se débarrasser d’une bonne partie de leur personnel, le chemin du retour à la normale reste toujours épineux pour ces deux secteurs d’activité. La Covid-19,qui a réduit considérablement le nombre de visiteurs étrangers au Mali, continue de maintenir des chefs de famille dans les liens du chômage en les privant de leur droit au travail, pour faire face aux obligations familiales.
Baignant dans la crise sécuritaire à n’en pas finir depuis 2012, les agences de voyage maliennes suffoquent actuellement dans le silence et sans presqu’aucune assistance de l’Etat malien qui se comporte en spectateur innocent. Aux difficultés sécuritaires et politiques auxquelles elles sont confrontées, s’est greffée la crise sanitaire(le Covid-19) dont les conséquences s’éternisent. Beaucoup de chefs de famille mis en chômage technique pendant la période du couvre-feu attendent toujours d’être réintégrés.
Déjà certains chefs de famille commencent à montrer des signes d’essoufflement et décident de rompre le silence. « J’en ai marre de rester à la maison à ne rien faire. Ma situation de passivité s’éternise. Pire, je ne sais même pas combien temps ça va durer encore. C’est vraiment injuste. C’est une violation grave à l’égard de notre droit de travail », explique Moussa D que nous avons rencontré le lundi 30 novembre 2020 en train de prendre du thé auprès des agents de surveillance déployés à la porte de son hôtel à Sébénikoro.
A Bamako, l’ambiance festive dans les hôtels a cédé la place à celle d’un cimetière à minuit. Les impacts négatifs de la pandémie du coronavirus et son corollaire de confinement et de restrictions de déplacements sont visibles dans tous les hôtels de la capitale poussant les uns à fermer complètement boutique et les autres à se débarrasser d’une bonne partie de leur personnel.
Six mois après le couvre-feu, les hôtels de la capitale affichent toujours des signes de la banqueroute. Les clients majoritairement des missionnaires étrangers en séjour au Mali ne se pointent plus à cause de la lourdeur des mesures de sécurité au niveau des aéroports.
A l’hôtel Radisson Blu, les portes restent toujours ouvertes. Mais malgré l’impressionnant dispositif sanitaire conforme aux normes internationales, la réception de l’hôtel attendait désespérément les clients que rien ne semble plus rassurer. Auparavant animé 24/24, les tables à café installées dans le hall en face de la réception sont vides et le silence funèbre règne dans tout le bâtiment. Premier constat qui frappe un visiteur habitué des lieux, le personnel mobilisé à la réception qui pouvait aller jusqu’à 3 à 4 personnes est réduit. « Il n’y a toujours pas de retour à la normale », regrette le Directeur des Opérations de Radisson Blu, Mamadou Karembé.
A l’hôtel Plazzio de Sébénicoro, le gérant Namory Kéita déplore toujours le maintien d’une dizaine de son personnel dans les liens du chômage technique. « Ils sont à plus de six mois à la maison. Et le plus dur est que nous ne savons quand est ce que ça va finir. Notre hôtel comporte deux secteurs. Le secteur 1 comprend les chambres et le secteur 2 est composé de la piscine, le jardin, le bar et le restaurant. Seul le secteur 1 fonctionne actuellement mais au ralenti », regrette le gérant de l’hôtel.
Au niveau des agences de voyage, la situation économique est aussi très critiquable.
La Présidente de l’Association des Agences de voyages du Mali et Directrice générale de l’agence de Voyages Timbuctours, Mme Cissé Fatoumata Kouyaté, lance une alerte très pessimiste et estime que si rien n’est fait rapidement, le secteur du tourisme malien mourra bientôt de sa belle mort. « Elles sont en pleine déliquescence. Pire, les agences maliennes de voyages sont orphelines de l’Etat. Depuis 2012, nous avons lancé notre SOS en appelant l’Etat au secours. Il avait adopté la loi d’indemnisation des entreprises touristiques après le coup d’Etat. Depuis cette date, nous attendons le décret d’application de cette loi. Le Covid-19 est arrivé avec son corollaire de mesures préventives parmi lesquelles la fermeture des frontières qui a stoppé net l’activité billetterie et annulé le pèlerinage 2020. Donc, l’acte de mort des trois activités phares de notre secteur a été signé. Quand le chef de l’Etat de l’époque, le président, Ibrahim Boubacar Kéita, dans son adresse à la nation, après l’avènement du Covid-19,a déclaré que 500 milliards sont mis à disposition pour faire face à la pandémie, nous avons tapé à toutes les portes afin de trouver une oreille attentive à nos doléances. Mais jusqu’à la date d’aujourd’hui, nous n’avons reçu que trois (3) kg de riz par agence de voyages. C’est se moquer de nous. Si l’Etat ne se résout pas à aider le secteur du tourisme, bientôt le tourisme sera rangé dans les vitrines du musée national », alerte Mme Cissé Fatoumata Kouyaté. Outre des entraves graves à l’exercice des droits économiques, sociaux et culturels, la covid-19 se traduit par le rejet au second plan des droits civils et politiques. D’où le partenariat entre le RMDH, la CNDH et la DDHP-Minusma, pour intégrer la prise en compte des droits de l’homme dans la riposte au Covid-19.

Liberté de culte : voir la Mecque et mourir
La Présidente de l’Association des Agences de voyages du Mali n’entend pas s’arrêter là, évoquant des atteintes graves au droit à l’exercice de la religion. « L’agence de voyage Timbuctours se porte mal depuis la désaffection de la clientèle touristique due à la crise politico-sécuritaire de 2012. Même l’activité complémentaire qui est le pèlerinage a été annulée cette année du fait de l’apparition du Covid-19 », regrette la promotrice de l’agence de voyage Timbuctours.
Souleymane Diallo, un vieux de 68 ans à Lafiabougou, ne décolère toujours pas de l’annulation du pèlerinage 2020 pour cause de la Covid-19. Il était candidat au pèlerinage à la Mecque cette année. Mais, la Covid-19 a brisé son rêve inespéré d’accomplir son devoir religieux. « Cela fait 10 ans que je prépare ce voyage à la Mecque. Pendant 10 ans, j’ai économisé. Je n’étais même pas sûr de pouvoir rassembler tous les sous avant de mourir. Mais, par la grâce de Dieu, j’étais parvenu à le faire cette année. Mais, la Covid-19 est venue briser le rêve d’une vie avec l’annulation du pèlerinage 2020. Dieu va-t-il me garder en vie pour 2021, y aura-t-il le pèlerinage en 2021 ? Je ne sais pas. Je ne suis plus un homme apaisé intérieurement depuis l’annulation de l’édition de cette année. Je vis désormais dans l’incertitude, celle de ne plus voir la Mecque avant de mourir », désespère le vieil homme qui a déjà choisi son héritier en cas de décès : son épouse.

Youssouf Z KEITA

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