Paris-Bamako : Assimi met une hégémonie coloniale en sursis

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Pas plus tard que le 6 décembre 2021 à Dakar, Sénégal, la ministre française des armées, Florence Parly, enfonçait le clou en déclarant que ni Wagner ni les soldats russes ne doivent pas être déployés au Mali.Ce genre d’injonctions est devenu un classique des autorités françaises qui multiplient les sorties médiatiques contre la transition dirigée par le colonel AssimiGoïta. Au même moment, les autorités maliennes se battent sur plusieurs fronts, surtout que l’armée malienne tente d’endiguer le terrorisme avec une offensive militaire dans plusieurs régions du pays.

A Bamako, on pense que la diplomatie française travaille à distraire les autorités maliennes des priorités nationales. Au cœur de la mêlée, l’appui militaire russe aux forces armées maliennes(FAMA). Mais l’habitude de Paris se conduisant en territoire conquis irrite les Maliens qui ont commencé, contre vents et marées, à diversifier leurs partenaires dans la lutte contre le terrorisme.
Les Français semblent oublier des détails importants dans la rupture de la confiance entre Paris et Bamako. L’ancienne métropole coloniale a du mal à se débarrasser d’un complexe de supériorité qui fait que les autorités françaises décident en matière militaire et politique sans consulter les Maliens. Inacceptable, selon le colonel Assimi Goïta. Ainsi, la France n’a plus le droit de parler au nom du Mali aux Nations Unies, après l’avoir fait pendant près de 9 ans avec le déclenchement de l’intervention des forces armées étrangères au Mali en 2013.
L’erreur fatale de la France a été la transposition de la rivalité entre l’OTAN et le bloc russe sur le sol malien. Or, la Russie bénéficie d’un capital de sympathie auprès de la population malienne dont le dernier souci est l’alignement entre deux blocs hégémoniques. Dans l’opinion malienne, la Russie n’a jamais pris position contre l’Etat malien dont la stabilité a d’abord été ébranlée par des groupes armés rebelles. Etparmi ces milices, certaines sont adossées à la diplomatie française depuis 2012.
Autrement dit, la France paye cash aujourd’hui sa politique de soutien à des groupes armés étant à l’origine des malheurs du Mali. C’est le MNLA qui a ouvert les portes du Mali aux islamistes libyens en 2012.C’est la France qui a interdit Kidal à l’armée malienne en 2013 ; c’est encore la France qui a pesé de tout son poids diplomatique pour obliger l’Etat malien à accepter des milices qui ont combattu le pouvoir central en créant une zone de libre circulation dans la ville de Kidal.
Cette ville du nord du Mali est ainsi devenue la plaque tournante des islamistes qui peuvent y circuler librement avec armes et bagages.
Le colonel Goïta qui a été sur le théâtre des opérations au nord (il fut prisonnier des islamistes) sait mieux que quiconque le poids de la France dans la déchéance du Mali. Rien n’oblige donc le président de la transition à haïr la Russie comme le souhaitent les Français. En somme, l’hégémonie coloniale qui a permis à la France d’imposer ses choix aux dirigeants africains est bien en sursis. Paris souhaite pourtant faire du Mali et du Sahel sa chasse gardée en faisant fi des souffrances du bas peuple dont est issu Assimi Goïta.
Récemment, tout le monde a été témoins des manipulations de Paris à travers la CEDEAO pour empêcher le Mali de réaliser son rêve d’affranchissement du joug colonial. Les Français doivent comprendre que les sanctions téléguidées de la CEDEAO n’ont fait que rapprocher davantage le Mali et la Russie, un partenaire fiable, selon Sadio Camara, le ministre malien de la Défense.
Les pressions de la CEDEAO ont provoqué une vague d’indignations au Burkina Faso et au Niger. Conséquence : le Burkina Faso a décidé d’emboiter le pas au Mali en entamant la multiplication de ses partenaires dans la lutte contre le terrorisme. Mieux, Ougadougou vient de commencer la relecture de son accord de défense avec Paris, ce que le Mali n’a pas encore fait officiellement. C’est probablement la relecture de cet accord qui est la véritable raison de la visite d’Emmanuel Macron au Mali. L’Elysée sait que la coopération entre le Mali et la Russie est irréversible. Mais les Français ne souhaitent pas une rupture totale de sa participation à la lutte contre le terrorisme.
Ismaël Diarra
Source: Le prétoire

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