PROCESSUS DE MISE EN PLACE DU CNT : Le M5-RFP menace de saisir la justice

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24 heures avant la séance inaugurale, la publication de la liste du dernier organe de la transition a suscité un véritable tollé dans la capitale malienne. La frustration, l’indignation et les questionnements étaient lisibles sur les visages des responsables des organisations sociopolitiques qui crient à la confiscation et la militarisation de la transition par la junte. Ce qui explique d’ailleurs la tenue d’une réunion d’urgence du comité stratégique du M5-RFP pour préparer une action judiciaire contre le décret n°2020-0239/PT-RM du 03 décembre 2020 fixant la liste nominative des 121 membres du Conseil national de la transition.
Pour Bah N’Daw et ses amis de la junte, la machine de la transition doit atteindre désormais sa vitesse de croisière, après deux mois d’atermoiement, avec la mise en place du dernier organe de l’architecture de la transition. Mais c’est sans compter sur la détermination des acteurs et les animateurs du principal mouvement tombeur du régime d’IBK en aout 2020. Il s’agit du M5-RFP et son comité stratégique qui veillent sur le processus transitoire conduit par le colonel à la retraite, Bah N’Daw, sous le contrôle d’un autre jeune colonel, Assimi Goïta, vice-président.
Face à cette volonté de confiscation et de militarisation de la transition, certaines organisations politiques et des groupes signataires de l’Accord pour la paix ont décidé de boycotter le CNT. Il s’agit du M5-RFP et de la CMA même si les noms de certains acteurs desdits mouvements se trouvent sur la liste.
Ainsi, du côté du Comité stratégique du M5-RFP, on ne perd plus le temps. Juste après la publication de la liste, il y a eu une réunion d’urgence pour examiner les contours de la marche des autorités de transition qu’ils qualifient de mépris de la classe politiques. Ainsi, il a été décidé d’attaquer en justice le décret n°2020-0239/PT-RM du 03 décembre 2020, fixant la liste nominative des 121 membres du Conseil national de la transition.
Faisant le compte-rendu de cette réunion d’urgence du Comité stratégique, Choguel Kokalla Maïga a laissé entendre que le M5-RFP ne se reconnait pas dans ce décret signé par le président de la transition. Pour la simple raison que son mouvement politique n’a jamais envoyé une correspondance aux autorités de transition pour la mise en place du CNT à plus forte raison déposer une liste des membres pour siéger au sein de cet organe législatif de la transition. « Nous sommes surpris de voir les noms des membres du M5 sur cette liste. Plus grave, le décret du 3 décembre 2020 viole sur toute la ligne la Constitution, la charte de transition, la feuille de route de la transition et même le décret du 9 novembre 2020 fixant les modalités de désignation des membres du CNT. Nous sommes en face d’un organe inconnu puisque personne ne connait les critères de désignation de ses membres. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Autant de questionnements qui restent sans réponses. Donc nous sommes dans un pays où les détenteurs du pouvoir font ce qu’ils veulent sans aucun respect pour les lois de la République. Nous allons attaquer ce décret devant les juridictions. Cela ne veut pas dire que nous sommes contre la transition, mais disons non à cette façon de faire qui conduit le pays au chaos ».
Alors pourquoi désigner des personnes qui n’auraient pas déposé de dossier alors que d’autres l’ont fait ? Cela dénote un manque de sérieux dans le choix des membres du CNT. Avec de telles pratiques la transition n’ira nulle part, jugent-ils, puisqu’on fait du IBK sans IBK.
Même son de cloche du côté de La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).
L’ex rébellion ne siégera pas au CNT. Elle l’a annoncé par un communiqué. Elle dit avoir appris avec « une grande surprise la décision des Autorités de Transition par laquelle elles arrêtent la répartition des sièges au sein du CNT suivant l’absurde concept du fait accompli et ceci en dépit des engagements consensuels pris entre parties ». Dans ledit communiqué, la CMA a indiqué qu’elle est déçue de constater que « ces louables efforts pour construire la confiance et la paix se heurtent déjà aux jeux habituels de manœuvres dilatoires et de volte-face de la part des autorités en charge de la Transition ». La coordination déclare «ne pas pouvoir évoluer dans un environnement animé par des acteurs très peu respectueux de leurs engagements ». Aussi, le mouvement annonce sursoir purement et simplement sa participation au processus de mise en place du CNT et ce jusqu’au rétablissement de la confiance et du compromis. Cela, poursuit le communiqué, en conséquence et au vu du quota insignifiant qui lui a été alloué au sein du conseil. La CMA rappelle qu’elle reste profondément attachée à une mise en œuvre diligente et intégrale de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger dans un délai limité, conclut le communiqué.
Le colonel à la tête d’un organe tronqué
Sans surprise aucune, le colonel Malick Diaw, le premier vice-président du Comité national pour le salut du peuple qui a renversé le président IBK, est élu par ses pairs nommés par décret présidentiel contesté. Sur 118 membres votants, le colonel Malick Diaw a obtenu 111 voix et devient, depuis ce samedi 05 décembre, le président de l’Assemblée nationale transitoire. C’était à l’issue de la session inaugurale au Centre international de conférence de Bamako.
Il était le seul candidat avec à la clé 108 signatures. Le colonel s’est engagé, dans son discours, à travailler afin de réconcilier les Maliens ainsi qu’à relever les défis du pays. « Ce qui nous est demandé, c’est un sursaut qui va permettre d’offrir au CNT d’offrir à la République un nouveau Mali », souligne Malick Diaw, habillé en civil pour la première fois lors d’une cérémonie officielle depuis le coup d’État du 18 août. « Mes chers collègues, le don de soi doit être notre seul crédo.»
Le vice-président du Comité national pour le salut du peuple (Cnsp) doit s’attendre à l’adversité puisque sa désignation à la tête du CNT est le résultat d’un flou artistique conduit par Bah N’Daw et son vice-président. Selon certaines indiscrétions, le Cnsp aurait remplacé des dossiers par des personnes proches de Kati. La liste des membres publiée, sans les fonctions, a contribué à jeter le flou sur l’identité des membres retenus du CNT. Par exemple, des personnes identifiées comme appartenant au monde de la culture sont en réalité membres d’associations de soutien à la junte de Kati.
Donc, la polémique autour de la publication de la liste ne doit nullement surprendre personne. Et l’illustration parfaite du flou est le cas de l’Imam Oumarou Diarra du M5-RFP qui affirme n’avoir pas envoyé de dossier. Toute chose qui entache la crédibilité du CNT. Et met en lumière la violation du décret fixant les conditions de nomination et la clé de répartition des membres du CNT.
Ce décret précise que les personnes devant siéger dans l’organe législatif de la transition doivent être forcement désignées par une corporation socioprofessionnelle ou politique
Malipost

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