REFORMES POLITIQUES ET INSTITUTIONNELLES EN TEMPS DE COVID-19 : Le gouvernement de transition face au défi de la mobilisation des électeurs

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Avec la mise en place du Conseil national de transition (CNT), un vaste chantier de réformes institutionnelles et politiques s’ouvre pour le Mali. Ce qui nécessitera la révision constitutionnelle dont le projet de loi fera l’objet d’un référendum, sans compter l’organisation des élections générales pour la mise en place des institutions démocratiques. Pour la réalisation de ces projets électoraux, la consultation du peuple malien sera nécessaire. Au moment où le gouvernement de transition s’apprête à engager ces consultations décisives pour la refondation de la démocratie malienne, le pays est à nouveau plongé dans la pandémie de la Covid-19 qui risque de faire terrer des électeurs chez eux comme lors des dernières élections législatives.

Entre la crainte d’attraper la Covid-19 et le désir d’exercer leur droit de vote, beaucoup de Maliens ont renoncé à participer aux dernières élections législatives.
Certains d’entre eux voulaient bien y participer, mais l’annonce des cas premiers de Covid-19, le 25 mars 2020 (soit 4 jours avant le scrutin), les a retenus à la maison. Cela, après la décision du maintien de la date du vote par les plus hautes autorités. Les mesures de protection édictées par les autorités sanitaires n’ont pas suffi à rassurer certains citoyens dans la ville Bamako, considérée comme l’épicentre de la crise sanitaire. Conséquence : le Mali a encore enregistré un taux de participation très bas (35,58%) lors de ces élections législatives. « C’est, sans conteste, sous une faible mobilisation que les électeurs se sont déplacés pour aller accomplir leur devoir citoyen. Sans avoir les statistiques officielles, le taux de participation du second tour ne dépasserait pas les 15% au niveau national. Bamako, l’épicentre de la Covid-19, ne ferait pas 8%. Ce lamentable taux ferait non seulement souffrir les nouveaux élus d’un problème sérieux de légitimité, mais aussi et surtout affaiblirait l’exécutif qui ne serait pas adossé à un législatif fort. A en juger par le taux de participation, il ne fait l’ombre d’aucun doute que Me Mountaga Tall a eu raison et son appel au boycott ne serait pas tombé dans l’oreille d’un sourd. D’aucuns diront qu’avec ou sans cet appel, les Maliens ne se seraient pas déplacés, rien qu’en se référant au bilan journalier des cas de contamination à la Covid-19. En tout état de cause, il a le mérite d’avoir eu le courage de dire aux Maliens de ne pas se déplacer pour aller voter. En attendant de mesurer les autres conséquences dues à la tenue du second tour, le constat est que les Maliens ne se sont pas bousculés de peur de contracter le coronavirus, mais aussi, pour ne pas être complices de la mise en place d’un parlement sans nom à cause des alliances », écrivait notre confrère Inf@sept dans sa parution du 20 avril 2020.
En effet, la crainte d’attraper le virus était dans les cœurs des électeurs à Bamako.
Pour rappel, d’autres organisations de la société civile et certains intellectuels avaient aussi lancé des appels au boycott du scrutin, craignant que celui-ci facilite la propagation de la Covid-19. Et beaucoup d’électeurs à Bamako et à Kayes ont fini par céder à la crainte en renonçant purement et simplement à leur droit de vote. « Depuis l’avènement de la démocratie, je n’ai raté aucun scrutin. Mais cette fois-ci, je n’irai pas voter parce que je ne veux pas servir de vecteur de transmission à la Covid-19 », a expliqué un habitant de Bamako, sous le couvert de l’anonymat, à Xinhua, à la veille des élections.
Dans un article publié sur son site, notre confrère « 20 Minutes » écrit : “C’est du n’importe quoi ; aucune mesure n’a été prise. Pas de savon, pas d’eau!”, s‘écrie un électeur, masque blanc sur le nez, après avoir refusé de voter. Peu après son départ, un bidon d’eau et du savon sont installés à l’entrée du bureau de vote…».
Selon Mamadou Fadiala Kéita, membre de la Coalition des organisations partenaires du Pnud pour des élections réussies au Mali (Coper), il n’y avait pas assez d’affluence devant les bureaux de vote par peur de la Covid-19. « On ne peut pas quantifier le nombre de personnes qui n’ont pas été voter par peur de la Covid-19. Mais, il est clair qu’elles sont nombreuses », analyse Mamadou Fadiala Kéita qui était sur le terrain pendant les élections en tant qu’observateur de la société civile.
La question que plus d’un observateur se pose aujourd’hui est celle de savoir si les autorités de la transition politique sauront rassurer les électeurs à aller accomplir leurs droits de vote si le référendum et les élections générales de 2022 se tenaient période de Covid-19.
Malipots

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