Transition malienne : La dérive autoritaire

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Après avoir accédé au pouvoir à la faveur du coup de force le 18 août 2020, les militaires regroupés au sein du CNSP, n’eurent d’autre choix, sous la pression déterminée de la CEDEAO, que d’accepter une Transition à l’issue de laquelle un Président civil devra être installé à la suite d’une élection ouverte et démocratique. Depuis cette période mouvementée, quelle évaluation peut-on faire des cinq mois de la Transition politique entamée au Mali ?
Le moins qu’on puisse dire, c’est que les militaires au pouvoir à Bamako semblent avoir opté pour un inquiétant exercice du pouvoir, marqué à la fois par le rejet du nécessaire principe d’inclusivité et par une omniprésente tentation autoritaire. Le tout, au grand dam de tous ceux qui rêvaient d’un tout autre avenir pour le Mali et qui se sont battus au risque de leur vie pour le changement de régime.

Le rejet assumé de l’inclusivité
Malgré les multiples promesses qu’ils ont faites, les putschistes ont très vite montré les couleurs. D’abord, en écartant de la période transitoire tous les partis et mouvements politiques. Ils le feront méthodiquement en installant les organes et instances de la Transition suivant leurs seules vues et sans les acteurs politiques traditionnels. Ce faisant, ils ont indirectement hypothéqué l’avenir politique immédiat du pays, privant le pays de l’expérience de ceux qui ont eu la charge de gérer les affaires de la Nation les vingt dernières années.
Le résultat de cette gestion solitaire est là et devrait inciter quiconque a souci du sort du Mali à plus d’humilité et plus d’ouverture. Il s’agit de l’absence totale de lisibilité, en dépit des déclarations du gouvernement de Transition, sur l’agenda et les étapes à franchir. Cinq mois après la chute du régime d’Ibk, et à un peu moins de 14 mois de l’échéance fixée par la CEDEAO pour la passation du pouvoir, bien malin qui pourrait dire à quel moment précis les élections, encore moins à quel moment les réformes politiques et institutionnelles seront adoptées. Pendant ce temps le cavalier seul de la junte se poursuit.

Dérive autoritaire
Pendant que les promesses citées plus haut demeurent lettre morte, la junte, qui n’est toujours pas dissoute, s’emploie à accaparer tous les leviers à travers la nomination de militaires ou de leurs obligés aux postes administratifs et stratégiques de l’Etat, de graves atteintes sont quotidiennement portées aux libertés publiques et individuelles.
La presse et les activistes ont été les premières victimes de cette dérive, avec la complicité active d’un appareil judiciaire laissé à lui même. Il en résulte que plusieurs journalistes et animateurs se retrouvent sous les verrous, que ceux qui sont encore en liberté en sont réduits au silence ou pire, à l’autocensure.
Cette propension des nouvelles autorités à servir contre tous ceux qui auraient la mauvaise idée de se mettre sur leur chemin, n’a pas tardé à s’étendre à d’autres cibles. Le complot imaginaire attribué à l’ancien premier ministre Boubou Cissé et à certains de ses proches laisse penser que d’autres politiques ne sont pas à l’abri de telles mésaventures. L’extrême légèreté des charges formulées contre Boubou Cissé et consorts accrédite la thèse d’une volonté des autorités de la Transition d’en finir avec les prétendants les plus sérieux au futur scrutin présidentiel.
L’expression la plus brutale de la dérive autoritaire en cours est ailleurs : les manifestations publiques jugées hostiles semblent désormais proscrites. Sous le prétexte de l’état d’urgence, la marche programmée contre la présence de l’armée prévue le 20 janvier 2021 a été interdite et violemment réprimée. Tout ceci se passe dans une quasi indifférence. Sans que des protestations significatives n’emanent ni des partis politiques, ni de la société civile.
Birama Fall

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