Vente au cash de 1200 logements sociaux à Tabacoro et Samaya : L’hypothèse du vide des caisses de l’État se confirme

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La vente au prix comptant de 1200 logements sociaux est désormais une réalité. L’État malien en difficulté financière, se retrouve désespérément seul face à son destin. Depuis, l’Office Malien de l’Habitat (OMH) est contraint de céder au prix cash de 31,5 millions (31 500 000F) et 45 millions FCFA plus d’un millier de logements sociaux déjà construits à Tabacoro et Samaya.

Au Mali, les logements sociaux sont désormais détournés de leurs vocations. Ainsi, les maliens peuvent faire le deuil des maisons sociales partout dans le pays. Et cela face à l’incapacité de l’État de pouvoir porter secours au Trésor. Les caisses de l’État malien ne seraient-elles pas effectivement vides ?

Du mandat d’IBK en passant par la période de transition au Mali, les populations souffrent le martyre. Et ceci en dépit du fait qu’elles soient transformées, en de vraies marionnettes. Il n’y a pas de jour où les maliens ne subissent pas de drames. Et les alternatives du gouvernement sous cette transition qui devraient être disponibles, à plein temps, deviennent une denrée symbolique à événement aléatoire.

L’inefficacité de la politique du gouvernement

Néanmoins, le constat est palpable et très alarmant. Les faits sont là, mais les résultats manquent toujours au rendez-vous. Il se pose alors une vraie problématique : celle de l’efficacité des mesures prises par le gouvernement de transition dans sa politique, face à la crise multiforme dans le pays. D’un autre côté, la vente au prix cash de 1 200 logements sociaux à Tabakoro à 31,5 millions (à une vingtaine de kilomètres de notre capitale, sur la route de Ségou) et à Samaya (sur l’axe de Kangaba) à 45 millions de nos francs, devient de plus en plus persistante.
Floué qui flouera le dernier. Après avoir été floué, proprement, lors de l’acquisition des deux Hélicoptères Puma, sous le régime IBK, l’État malien sous la transition est en train de renflouer ses caisses en flouant, à son tour, les pauvres maliens en quête perpétuelle de maison à Bamako. En tout cas, les demandeurs de logements sociaux n’en pensent pas moins. Et depuis un moment, les appels se multiplient sur les réseaux sociaux afin d’alerter l’opinion publique sur la spoliation que constitue la vente au prix comptant des logements sociaux aux plus riches. Prix de cession : 31,5 millions FCFA et 45 millions en espèces sonnantes et trébuchantes. De quoi s’agit-il ?

Le 31 mai 2018, le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme présente au Conseil des ministres, une communication relative à l’état des lieux de la réalisation, de l’attribution et du financement des programmes des logements sociaux.

Une mise en scène à l’épreuve du temps

Selon ce communiqué du Conseil des ministres, cette communication visait à consolider et à pérenniser la mise en œuvre des programmes de logements sociaux et proposer des mesures permettant, entre autres : de mettre en place un système fiable, viable et soutenable pour un plus grand nombre de Maliens ; d’honorer les engagements de l’État ; d’avoir d’autres sources de financement pour la réalisation des logements sociaux ; de rassurer les promoteurs immobiliers et leurs partenaires financiers pour la poursuite des travaux de réalisation des logements sociaux ; de préserver la stabilité des banques et institutions financières impliquées ; d’assurer la sécurisation des sites retenus pour la réalisation des logements sociaux.

La réalisation des mesures préconisées visait à contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations. Toutefois, selon un avis d’appel de manifestation d’intérêt de l’Office Malien de l’Habitat (paru dans le journal officiel l’Essor N°18893 du lundi 15 avril 2019), « le Conseil des ministres, en sa session du 31 mai 2018, a pris acte de la communication écrite présentée sur la situation des logements sociaux ». Au cours de la même session, il a instruit notamment, la vente directe de 1200 logements, dont 78 de type F5 (R+l) à Samaya et 1122 de type F4 à N’Tabacoro, tous couverts en dalle. C’est ainsi qu’en août 2018, l’OMH a lancé un avis de manifestation d’intérêt ayant abouti à la sélection de quatre sociétés qui ont reçu mandat pour vendre les logements indiqués.

Un scandale de plus

Le 13 mai 2019, après analyse des offres relatives à cette manifestation d’intérêt, le Directeur général de l’OMH, Sékou Demba, invite certaines sociétés dont la société Immobilière & services (IMs) qu’elles sont retenues « dans le cadre de la cession directe de 1200 logements pour le compte de l’Office Malien de l’Habitat ». Par la même correspondance, il les invite à venir signer les projets de mandat dès le lendemain 14 mai 2019 à 15 h 30.

Selon le responsable d’une des sociétés retenues, M’Baye Konté (sur sa page Facebook), « l’État malien a mis à notre disposition 50 logements sociaux de type F4 à vendre à 31 500 000 FCFA, titre foncier avec viabilisation (eau, électricité, caniveau, voie bitumineux ou goudronnée) ».

Pourquoi l’État se résout-il à vendre 1200 logements au cash ? La réponse jette le froid dans le dos de plus d’un malien. Selon M’Baye Konté, « L’État a besoin d’argent. Le paiement est comptant, ce n’est pas partiel… ce n’est pas à discuter… Le paiement est cash… 31 500 000 ». À ceux qui se scandalisent et dénoncent le détournement de vocation de ces logements sociaux destinés aux pauvres qui vont être cédés aux riches, le promoteur immobilier est sans état d’âme : « 3743 logements sociaux ont été attribués, lors de la dernière opération. Maintenant l’État, a besoin d’argent et il a décidé de vendre 1200 logements de type F4 à 31 500 000 l’unité. Cette occasion n’est pas destinée à tout le monde. Le reste, c’est des détails… ».

Des détails peut-être, mais qui soulèvent des interrogations. Comment le gouvernement sous la transition se réfère sur une communication relative à l’état des lieux de la réalisation, de l’attribution et du financement des programmes des logements sociaux pour mettre en exécution la décision de vente au comptant de 1200 logements ? Cette vente est-elle faite, comme le laisse entendre M’Baye Konté, que l’État a si cruellement besoin d’argent ? Le gouvernement de la transition n’avait-il pas d’autres solutions que la vente au cash de 1200 logements sociaux qui ne lui rapporte que 37,8 milliards pour renflouer ses caisses ?

Détournement de vocation

En tout état de cause, un logement social étant un logement destiné, à la suite d’une initiative publique ou privée, à des personnes à revenus modestes qui auraient des difficultés à se loger sur le marché privé (vendu généralement à tempérament) ne devrait en aucun cas, estime le Mouvement Ensemble pour l’Égal Accès aux Logements sociaux, être vendu au cash.

Selon le discours officiel, « le Programme des logements sociaux au Mali est l’expression de la volonté des plus hautes autorités de notre pays de créer des conditions pour l’accès du plus grand nombre de Maliens à un logement décent et à moindre coût ». Or, 31,5 millions payé au cash n’est pas un coût moindre et ne peut cadrer avec cette volonté affichée. En tout cas, quand on a les moyens de payer un prix cash de 31,5 millions pour une maison, c’est qu’on ne rentre pas dans la catégorie des bénéficiaires des logements sociaux. Et les 1200 logements sont bien des logements sociaux qui sont acquis par ceux qui ont les moyens. Déjà, un malien de la diaspora a payé au cash100 maisons sociales à Tabacoro à 31,5 millions l’unité soit un prix total de plus de 3 milliards FCFA (3 150 000 000F). Et un autre de l’intérieur d’en payer 5 à Samaya au prix de 45 millions FCFA l’unité soit 225 millions le prix total.

Dénonçant le caractère scandaleux de cette vente qui ne peut guère se justifier au moment où des centaines de milliers de postulants aux logements sociaux, notamment de type F4, attendent pour être bénéficiaires, le Mouvement Ensemble pour l’Égal Accès aux Logements sociaux demande purement et simplement l’annulation des ventes.

Par ailleurs, la situation financière du Mali n’est pas reluisante. Le Trésor doit encore une centaine de milliard FCFA d’arriérés de mandats aux opérateurs économiques, au titre de la dette intérieur du Mali en 2020. S’y ajoutent, les prêts bancaires qui s’élèvent à plusieurs centaines de milliards de nos francs.

En réalité, si une vente de 1200 logements sociaux pour un début devrait s’ajouter à la grande masse de problèmes que vive la plèbe sous la période de transition au Mali, alors l’on aurait délibérément choisi de condamner les Maliens à l’agonie, en attendant une délivrance très curative.

Jean Pierre James

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