Yacouba Katilé, président du CESC : « Les gens pensent qu’on est là pour ne rien faire »

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Il suffit de prendre les recueils de textes du Conseil économique, social et culturel (CESC) pour pouvoir faire une bonne campagne. Telle est une expression courante d’initiés en politique que Yacouba Katilé aime bien paraphraser. Fraichement élu président du Conseil économique, social et culturel, Katilé qui est aussi Secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), souligne les difficultés de la 8è institution de la République. Mal comprise, la structure est victime d’une perception erronée de la part de certains détracteurs qui savent pourtant que les recueils de l’institution sont des bréviaires pour les autorités.

-Pouvez-vous nous parler de façon succincte de la 8è institution du pays ?

-Yacouba Katilé : C’est effectivement la 8è institution de la République lorsqu’on tient compte de la Constitution qui prévoit 8 institutions. La 8è, c’est le Conseil économique, social et culturel qui, de par sa composition, est chargée des conseils auprès des autorités, que ce soit le président de la République, que ce soit le gouvernement, que ce soit l’Assemblée. C’est pourquoi chaque année, fait ses missions de recueil auprès de la population à la base, à l’’intérieur du pays aussi bien qu’à Bamako ici. Mais aussi au-delà, à travers la diaspora, auprès des Maliens établis à l’extérieur pour s’imprégner de ce qu’il y a comme difficultés par rapport à la situation du pays au plan économique, social, au plan culturel et même environnemental pour pouvoir dresser les documents de recueil à l’adresse des responsables, notamment le président de la République aussi bien que le gouvernement et l’Assemblée. C’est pour tout simplement permettre à ces structures, en lisant simplement ces documents, de savoir les préoccupations de la population malienne en générale. Que ça soit celles qui sont à l’intérieur du pays, que ça soit celles qui sont établies à l’extérieur du pays. Si on veut faire un programme, que ce soit un programme d’investissement, un programme d’un projet de société et autres, on n’est en mesure en s’inspirant du contenu de ces recueils, de pouvoir faire un travail qui va aller dans la même ligne de ce que la population a demandé. C’est une institution qui a une importance capitale mais, malheureusement l’impression qu’ont les Maliens, c’est qu’on ne cherche pas trop à comprendre. On pense que c’est une institution de trop, une institution inutile, mais en réalité lorsqu’on fait le tour du monde on se rend compte que c’est une institution importante.

-Vous êtes en terrain connu pour avoir occupé au cours de la mandature écoulée le poste de vice-président. Alors quelle lecture faites-vous de la situation socio-économique du Mali ?

-Yacouba Katilé : la situation socio-économique du Mali est, il faut reconnaitre, vraiment compliquée depuis un certain temps, surtout par rapport au problème d’insécurité. Depuis un certain temps, on peut parler de décennies d’ailleurs, puisqu’après mars 91, tout le monde a applaudi l’avènement de la démocratie. La démocratie a aussi des torts parce qu’il y a des emprunts, que ce soit au niveau de la Constitution, que ça soit au niveau d’autres instruments juridiques, il y a des emprunts qui souvent ne cadrent pas trop avec les réalités de nos cultures, de notre façon de vivre. Malheureusement, tout est calqué sur ce qui se passe ailleurs à l’extérieur et on veut coûte que coûte passer cela au niveau du pays, ce qui fait qu’il y a beaucoup de difficultés. A travers ça, certains pensent qu’ils sont un peu mis en marge dans la gestion de la chose publique. On a eu à faire la décentralisation qu’on a eu à expérimenter, à développer. Ça commence à aller. Un moment donné, il y a eu beaucoup d’espoir mais après il y a eu de petites difficultés parce que si ce qu’on appelle les transferts de compétence est une réalité, au plan financier et économique, il y a des difficultés. On n’arrive pas du tout à concilier les deux, ce qui pose beaucoup de problèmes à plusieurs niveaux. D’ailleurs, il y a beaucoup de plaintes à ce niveau-là. Nous, nous sommes issus de la couche des travailleurs, du monde du travail. Nous sommes beaucoup imprégnés, nous sommes beaucoup renseignés, beaucoup informés par rapport à des aspects.

-Pourquoi avez-vous placé votre mandat sous le signe du renouveau de l’organe consultatif ?

– Yacouba Katilé : Bon, pas forcément sous le signe du renouveau mais la consolidation. De toutes les façons, le mandat passé, le président sortant avait demandé qu’il y ait du renouveau. Le renouveau dans certains aspects. Et ça a changé le recueil qui était un document volumineux transmis aux trois autorités. On a tout fait pour que, en fonction des spécificités des départements, des différents secteurs, qu’on puisse vraiment faire des extraits à l’adresse de ces structures ; qui concernent uniquement ces structures pour leur permettre de pouvoir exploiter facilement ce document. Cela a été fait. On avait entamé aussi la relecture de certains textes au niveau du Conseil, une commission ad hoc avait été mise en place à l’époque. J’étais même le président. Malheureusement, les choses n’ont pas bougé. Ça n’a pas bougé dans un premier temps au plan constitutionnel. Il fallait peut-être une révision de la Constitution en fonction du moment, des contextes, qu’on puisse intégrer cet aspect. Et si la Constitution n’était pas révisée par rapport aux aspects, il serait difficile en tenant compte du principe de légalité des normes de pouvoir faire de nouvelles créations sans se référer à un texte hiérarchique. Donc à ce niveau il y a eu des difficultés. Mais au-delà, si je fais allusion un peu au temps de travail, au temps de session, cela est prévu par la Constitution. Tant qu’on ne revoit pas au niveau de la Constitution, il est difficile de dire qu’on va adopter une loi et avec des textes pour pouvoir dire allons y à ce niveau. Par comparaison à certains pays où c’est des sessions de 5 mois, sinon 5 mois et demi. Le cas du Benin que je peux prendre comme exemple. Ce qui leur permet de faire certains nombres de choses. Mais malheureusement, chez nous en tout et pour tout, nous n’avons qu’un mois. Un mois reparti entre deux sessions qui ne dépassent pas 15 jours chacune. Et puis, s’il y a quelque chose d’urgent, on peut faire une session extraordinaire qui ne dépasse pas 5 jours. L’efficacité qu’on veut de cette institution, ça devient difficile, on n’a pas le temps nécessaire. Et les moyens également pour gérer ces aspects-là. Souvent, il arrive qu’on réclame, le cas par exemple des lois de finances, pour qu’on nous transmette pour donner des avis avant que ça ne soit transmis au niveau de l’Assemblée nationale. Et on n’a que 15 jours pour ça. Pour travailler de façon sérieuse, 15 jours, c’est vraiment insignifiant. Mais cela ne va pas nous empêcher à ce qu’on aille dans le cas de l’autre saisine par rapport à des sujets concernant l’économie, le social, la culture ou l’environnement, de mener des missions, faire des investigations, essayer de bien comprendre. Nous allons faire en sorte qu’on soit visible pour l’amélioration des conditions de vie des populations.

-Comment devient-on membre du Conseil économique, social et culturel, et quelle est la durée du mandat des membres

-Yacouba Katilé : la durée d’un mandat, c’est cinq mois. C’est ce que la Constitution prévoit. Comment devient-on membre ? C’est les faitières de la société civile et les ONG, les associations, les ordres professionnels, les syndicats, les représentants des travailleurs, que ce soit secteur public, parapublic ou privé. Ces différentes structures se rencontrent au niveau du Conseil économique, social et culturel. C’est comme des élections depuis la base jusqu’au sommet. Tous ceux, qui sont représentés ici, ont été envoyés par des structures de base dont ils détiennent leur pouvoir de légitimité. A la suite d’élections, ils tiennent leur légitimité au niveau de la base. Et au Conseil, c’est à la suite d’une élection qu’un bureau est mis en place pour pouvoir travailler pendant le mandat.

-Quels défis le Conseil économique, social et culturel se doit de relever pour les 5 années à venir ?

-Yacouba Katilé : Je l’ai dit tantôt, il faut une bonne visibilité. Il faut forcement la relecture de certains textes pour permettre au Conseil de pouvoir bien travailler, lui donner suffisamment le temps de travailler pour produire quelque chose d’important qu’on puisse comprendre. A partir de là, les gens vont comprendre que le conseil a une importance capitale. Sion doit paraphraser certains, pour être candidat à l’élection présidentielle, il suffit de prendre les recueils de textes du Conseil économique, social et culturel pour pouvoir faire une bonne campagne. Ça veut dire qu’à ce niveau tout est réuni comme attentes des populations.

-Parlez-nous de l’accompagnement de l’Etat dans votre mission.
-Yacouba Katilé : Certains pensent que c’est une institution budgétivore, que c’est insignifiant. Vous imaginez qu’un conseiller au niveau du Conseil n’a que comme indemnité 75000 FCFA. Il ne s’agit pas de se comparer à l’Assemblée. Mais ce qui a été dit dans les textes, s’il y a des indemnités à ce niveau, le tiers au moins les conseillers doivent l’obtenir. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Ça fait des années, et ça ne donne pas l’engouement à certains qui, dans le cadre professionnel, sont dans les fonctions libérales et qui sont en train de travailler dur. S’il faut qu’ils arrêtent tout et venir consacrer leur temps au niveau du Conseil économique pour recevoir comme indemnité 75 000n FCA, ça décourage beaucoup de gens. On met les gens en mission, il faut mettre également les moyens. Il faut que cela soit pris en compte pour galvaniser les gens. La première des choses, c’est l’engagement, la détermination, mais il faut mettre aussi les moyens à la disposition pour pouvoir bien travailler.

-Vous êtes en même temps le président du Conseil économique, social et culturel mais aussi secrétaire général de la plus grande centrale syndicale du Mali, l’UNTM. Est-ce que cela est compatible ? Si oui, est-ce que vous avez le temps pour les deux ?

-Yacouba Katilé : C’est tout à fait compatible. D’ailleurs, dans les textes, il est dit que dès que l’on perd la représentativité au niveau de la structure de base, on perd automatiquement la qualité de membre du Conseil économique, social et culturel. Je disais tantôt, c’est depuis le niveau des bases que les gens sont désignés. D’un comité, le cas du syndicat par exemple, vous vous retrouvez au niveau d’une section pour être dans un syndicat national. Egalement, d’un syndicat national, vous vous trouverez au niveau de l’UNTM. Et tout ça, c’est à la suite d’une élection. Pour être du Conseil, il faut être des ordres ou des organisations de la société civile, les faitières. En qualité de représentant de ces structures, vous allez au Conseil.Quand vous perdez cette qualité, vous n’avez plus de raison d’être au Conseil économique, social et culturel. Il n’y a pas d’incompatibilité, ce n’est pas un poste de nomination. On peut bel et bien jouer son rôle de responsable au niveau du Conseil économique, social et culturel en même temps diriger sa structure de base.

-Pour conclure, avez-vous un message à adresser à la population ?

-Yacouba Katilé : Souvent au Mali on est impatient, on est pressé. Dès fois on ne cherche pas trop à comprendre les choses. La première personne qui parle, si elle parle bien, tout le monde va dire que c’est bien. Mais si elleparle mal, tout le monde va dire que c’est mal. J’entends depuis un certain temps des gens dire que le Conseil économique, social et culturel est budgétivore, il n’a pas sa raison d’être, que c’est une institution de trop sans pour autant chercher à comprendre comment cette institution a été mise en place, comment elle a été parmi les 8 institutions de la République du Mali ? Comment elle fonctionne ? Quel est son apport ? On ne le dit pas trop, beaucoup exploitent les recueils du Conseil économique, social et culturel sans pour autant dire aux gens : voilà nous nous servons des documents, des recueils du Conseil économique, social et culturel. On doit avoir l’honnêteté de le dire. Le fait qu’on n’en parle pas, les gens pensent qu’on est là pour ne rien faire.
Source : la Chaîne 2
Transcription : Ismael Diarra

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